Le Comité Technique Spécial Départemental s'est réuni le 30 novembre pour faire le bilan de la rentrée 2021 dans le Morbihan. Voici la déclaration préalable du Sgen-CFDT Bretagne.
Monsieur le Directeur académique, Mesdames et Messieurs les membres du CTSD,
Le Ministère de l’Éducation Nationale a rendu 75 millions d’euros au titre de l’année 2021.
75 millions d’euros non dépensés au regard des autorisations de crédit et d’engagements prévus par les lois de finance 2021. Entendre ces chiffres est, à raison, considéré comme du mépris par bien des agents, qui ont été confrontés à de grandes difficultés – ils sont nombreux -, voire à des souffrances au travail, du fait du manque de moyens à différents niveaux pour mettre en œuvre le service d’éducation. Pour le Sgen-CFDT, il convient d’améliorer le pilotage de la dépense. Les non-consommés sont le signe que des politiques publiques décidées ne sont pas conduites à leur terme au détriment des élèves et des personnels.
Nous ne rentrerons pas dans le détail des mesures qu’il aurait été possible de prendre, nos élus en CTM s’en sont déjà chargés. Retenons pourtant que les agents en situation les plus précaires auraient pu voir leur situation s’améliorer par l’utilisation de ces crédits. Retenons encore que le remplacement des heures postes en heures supplémentaires, le non remplacement ont dégradé les conditions de travail des personnels du 2nd degré. Retenons aussi que les personnels n’ont pas été dotés en masques chirurgicaux depuis 1 an et demi, masques plus protecteurs et plus adaptés aux conditions de travail que ceux fournis par le Ministère. Retenons enfin qu’il aurait été possible d’améliorer les conditions de travail des personnels administratifs. Ce ne sont ici que quelques propositions que nous formulons régulièrement.
Dans notre département, le second degré n’échappe pas à la concurrence de l’enseignement privé.
S’il apparaît que le collège résiste mieux et perd moins d’élèves dans un contexte de baisse démographique, les lycées et lycées professionnels sont plus fortement touchés. Quand l’enseignement public recule de 1,8 points, l’enseignement privé en concède seulement 0,42. En collège, la diminution des effectifs est compensée en partie par une arrivée non négligeable d’élèves en 4ème et de manière moindre en 3ème. Cette montée d’effectif en 4ème et en 3ème résulte-t-elle d’une arrivée de nouveaux élèves dans le département, ou découle-t-elle du fait que certains établissements privés invitent les familles des élèves les plus en difficulté à rejoindre leur établissement public de secteur en fin de 5ème et de 4ème ? Au lycée, ce sont surtout les classes de terminale et les formations post bac qui enregistrent les plus fortes baisses, tandis qu’en lycée professionnel l’entrée dans les formations initiales sont en recul. Il serait intéressant d’avoir une analyse assez fine de ces mouvements de population scolaire pour construire une politique éducative départementale et académique plus active en faveur de l’enseignement public. Le pilotage de la réforme des lycées par le ministère n’est-elle pas en partie responsable de la dévitalisation de l’enseignement public.
Dans le premier degré, notre réseau continue à voir s’éroder son influence.
A 50,48 %, nous retombons quasiment au taux de 2017 où nous subissions la distorsion de concurrence sur les rythmes. Face à l’enseignement privé, nous payons cash toute rupture d’égalité de traitement. Les portes ouvertes ont pu s’y tenir l’an dernier quand nous devions garder portes closes. Comment ferons-nous cette année alors que, monsieur Blanès, vous avez réquisitionné à d’autres fins les temps professionnels qui permettaient aux équipes de le faire ( la journée de solidarité) ?
Ce constat, c’est aussi le signe qu’on ne peut plus se contenter de gérer le réseau avec les mêmes règles que les années passées sinon à prolonger les courbes et acter le lent déclin de l’enseignement public. Or, pour les personnels que nous représentons ici, dans un contexte de baisse démographique durable, leurs futurs postes, il n’y a pas mystère, il faudra aller les chercher en face. A défaut, à nous fermetures et mouvement bloqué générateurs de souffrance et de désespoir.
Dans notre région, et plus vivement dans notre département, nous devons construire notre réseau en ayant en main chiffres et cartes du réseau complémentaire, si ce n’est adverse. Sinon dans le Morbihan, cela revient à conduire avec une main posée sur un œil. Il ne s’agit plus de nous défendre mais de conquérir. Cela nécessite choix stratégiques et décisions tactiques, à toutes échelles, du département à l’échelon communal. Vous nous rétorquerez sans doute que vous préoccupez déjà de cette concurrence dans vos choix. A quand alors des groupes de travail du CTSD sur les stratégies à adopter pour reprendre des territoires, améliorer nos positions ?
Un autre sujet d’actualité dans le premier degré est le mouvement interdépartemental.
Vous connaissez le nombre d’enseignants attendant d’entrer dans notre département. Tous les ans ce moment est attendu par nombre de collègues. Nous avons, par l’intermédiaire de nos élus en CTM, voté contre le nouveau mouvement POP. Le manque de transparence du classement des candidatures ne peut être que source de soupçons quant à l’équité entre collègues. Concernant les postes proposés dans le Morbihan, nous aurions apprécié, puisque cette nouvelle disposition n’est pas de votre fait, qu’ils soient soumis à vote ou discussion en CTSD.
Nous continuons de penser que les situations bloquées depuis plusieurs années ne seront pas améliorées par ce mouvement, notamment pour ce qui est du manque de PE bilingues. Nous sommes curieux de savoir combien de personnes ont postulé. Espérez-vous vraiment recruter des enseignants bilingues hors de Bretagne, ou s’agit-il de mettre en concurrence les départements bretons ?
Sur le même sujet je reviens sur le second degré puisque l’offre de POP a été l’occasion de découvrir le choix d’une section internationale au collège Tréfaven. Cela fut une surprise y compris pour les membres de la commission de pilotage, mise hors-jeu sur ce coup. Jolie démonstration d’absence de transparence et de dialogue. Beaucoup de questions, de crainte et parfois de colère générées chez les personnels. Nous devrons en parler en détail.
Je reviens sur le premier degré pour terminer sur le sujet de la crise sanitaire et des conditions de travail.
Nous ne pouvons qu’être inquiets de la situation des directeurs et directrices d’école qui semblent devoir être sur le pont 7 jours sur 7.
Pour exemple la fiche opérationnelle n°8 reçue pendant les dernières vacances, laissant entendre que les informations devaient être transmises sans délai aux familles, alors que le même document stipulait que le port du masque n’était pas réellement obligatoire le jour de la reprise, et que le reste pouvait bien attendre une semaine supplémentaire. L’absence d’un véritable pilotage et la communication erratique du ministère, la nécessaire réactivité dès qu’un cas COVID est signalé, les interpellations des parents, les adaptations en urgence et pas toujours cohérentes sont épuisantes pour tous, mais particulièrement pour les directeurs et les directrices qui ont vu encore leur charge s’aggraver avec les conditions de l’expérimentation de novembre. Et comme nous ne connaissons que très peu de personnes en situation de nous dire « Ah, avec les tests qui ont été diligentés dans mon école, on a évité une fermeture… » Nous souhaiterions un point sur le sujet, bien qu’il ait pu être fait en CHSCT.
Nous accueillons avec intérêt l’adoption de la loi Rilhac, qui constitue un pas vers la reconnaissance de la fonction de direction d’école mais nous regrettons qu’elle ne s’accompagne de moyens à la hauteur des besoins de l’école du 21ème siècle. Le Sgen-CFDT souhaite toujours une véritable autonomie des équipes dans un établissement du 1er degré.
Merci de votre écoute.