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Réforme du lycée se battre pour de bonnes raisons

Sur une liste de discussion nationale, où échangent des adhérents du Sgen-CFDT, un militant, à titre personnel, analyse les bonnes et mauvaises raisons de dénoncer la réforme Blanquer. Je me permets, à titre exceptionnel de la faire parvenir aux correspondants d’établissements. Cette analyse me semble fort intéressante.

Amicalement

Gaël Le Floc’h,  secrétaire adjoint du Sgen-CFDT Bretagne

 

Il existe suffisamment de bonnes raisons de se mobiliser contre la réforme du lycée pour ne pas s’appuyer sur les mauvaises.

Un des principaux reproches faits à la réforme du lycée est qu’elle exploserait les cadres nationaux avec l’apparition d’une part de contrôle continu (40%) dans le baccalauréat. Ainsi la réforme exposerait davantage les élèves de territoire défavorisés à des discriminations puisque leur bac aurait moins de valeur que celui de lycées plus favorisés.

Cette affirmation semble logique et touche sincèrement un bon nombre de collègues. Pourtant, je peine toujours à voir comment elle peut s’appliquer dans la réalité. Car aujourd’hui, et depuis bien longtemps en fait, le bac, en tant qu’examen, ne joue pas d’autre rôle dans la poursuite d’études de nos élèves que celui de porte d’entrée du supérieur. Pour le dire autrement, le bac est donc une porte qui s’ouvre pour certains et se ferme pour d’autres, moins nombreux. Ensuite, cette porte ne joue plus aucun rôle, puisque ce qui conditionne la poursuite d’études, le choix de filière etc. aujourd’hui (et encore une fois depuis bien longtemps) c’est le contrôle continu. Que ce soit via Parcoursup, APB ou les systèmes précédents, c’est bien sur le contrôle continu que les filières sélectives sélectionnent. S’il y a une discrimination envers les lycées défavorisés, celle-ci existe depuis déjà un bon moment et le bac en protège autant qu’une paire de lunettes de soleil sous une pluie battante. Que faire alors ? Travailler sur ces procédures d’affectation dans le sup pour y supprimer les possibilités de discrimination en fonction du lycée d’origine. Et arrêter de penser que le bac protège un « cadre national »

Car oui, reparlons-en du « cadre national ». Issu de notre longue tradition jacobine, il correspond à l’idée que la République doit être la même pour toutes et tous partout sur le territoire. Quiconque connaît un peu l’Education Nationale risque cependant de lever un sourcil à l’instar de Sean Connery à la lecture de la phrase précédente. Car qui peut aujourd’hui affirmer que le service public de l’Education Nationale est le même au lycée professionnel Léo Lagrange de Bondy, au lycée général et technologique Jean Renoir de la même ville, au lycée Albert Schweitzer du Raincy, la ville voisine, ou au lycée Henri IV de Paris, qui n’est pas si loin. Des personnels affectés aux locaux en passant par les catégories sociales représentées chez les parents d’élèves, tout ou presque dans ces établissements diffère.

J’émettrais ainsi l’hypothèse suivante : loin de protéger des discriminations, le fameux cadre national est un écran de fumée qui les masque et d’une certaine façon les protège. Il y a près de 40 ans il a ainsi fallu que le Sgen-CFDT se batte fortement pour rompre ce « cadre national » avec la proposition de création des ZEP, selon l’idée que la République doit donner plus à ceux qui ont le moins et non la même chose pour tout le monde. Beaucoup de ceux qui aujourd’hui défendent l’éducation prioritaire y étaient alors opposés.

Il reste pourtant beaucoup à faire, tant nos systèmes actuels regorgent de discriminations. Pas besoin donc de regarder l’avenir avec inquiétude : les soucis sont là, en face de nous, depuis si longtemps. Que penser ainsi d’un lycée qui sépare les élèves en 3 voies et on ne sait combien de filières, lorsque ces voies et ces filières recoupent très fortement les catégories socio-professionnelles des parents des élèves qui les peuplent ? Ainsi, plus l’on descend dans la hiérarchie de ces voies et filières (et cette hiérarchie est bien connue de tous les acteurs de l’Education Nationale, élèves inclus) et plus la part de catégories socio-professionnelles défavorisées est importante. N’est-ce pas là tout simplement un tri social ? Un tri qui se déroule sous nos yeux, et auquel nous participons lors des conseils de classe et les procédures d’orientation de manière à peine consciente. Que celui ou celle qui n’a jamais dit lors d’un conseil de classe que telle élève un peu rêveuse et désorganisée serait « mieux en L » ou que tel élève, un peu dissipé et gouailleur « serait bien en STMG », jette la 1e pierre. Ce ne sera pas moi.

Ainsi vous ne me verrez pas militer pour un retrait de la réforme et un maintien de l’existant : la solution n’est pas dans un surplace  mortifère mais dans la construction d’autres futurs. La situation est assez analogue du côté de Parcoursup. Le problème, là, n’est pas dans le logiciel choisi. Au-delà d’une procédure stressante et par plein d’aspects problématique, Parcoursup n’a pas franchement à rougir de ses résultats par rapport à APB. Par contre il existe bien deux problèmes majeurs concernant le 1er cycle des études supérieurs. Le 1er est un sous-investissement chronique depuis de longues années. L’offre n’a pas suivi la demande alors que la poussée démographique et l’élévation du niveau de qualifications entrainait une augmentation du nombre d’étudiant.e.s. Le 2e est peut-être encore plus grave : c’est la séparation du supérieur entre des filières qui n’offrent pas aux élèves les mêmes moyens d’encadrement et les mêmes chances de réussite. Ainsi depuis bien longtemps les élèves considéré.e.s comme les plus méritant.e.s de notre système scolaire sont orienté.e.s vers des filières sélectives dans lesquelles l’Etat investit pour chaque élève jusqu’à 50% de plus que ce qu’il investit pour chaque étudiant de faculté. Et encore une fois, ces affectations dans les filières sélectives concernent d’abord les classes sociales les plus aisées. Ce que Parcoursup a permis de constater, c’est que les élèves ont très bien compris cette situation, puisqu’ils ont massivement demandé des filières sélectives. Je considère personnellement que ce système à 2, 3 voire 4 vitesses est un scandale social bien plus grave que la question d’APB ou de Parcoursup. S’il y a un combat à mener, c’est là. Mais quelque chose me dit que ce ne sera pas facile tant notre amour du « cadre national » et du jacobinisme républicain s’accompagne aussi d’un goût assez immodéré pour l’élitisme.

Une fois tout ceci reposé, quelles sont alors les raisons qui me poussent personnellement à être contre la réforme du lycée ? Il y en a en fait un bon nombre.

– Tout d’abord une hypocrisie certaine de la réforme. Celle-ci laisse en effet le choix aux élèves de leur spécialité. Mais ce choix va être nécessairement contraint par les ressources humaines locales, les soucis d’emploi du temps, le nombre de divisions accordé etc. Le risque est réel de voir ce choix limité et par conséquent d’un retour aux bonnes vieilles filières.

– Notons d’ailleurs que rien n’a été prévu pour remédier à l’inégalité fondamentale entre les 3 voies du lycée. Celles-ci sont traitées séparément par les réformes. Il semble clair qu’il faut que chacun reste dans son coin.

– La réponse du ministère aux inquiétudes sur le contrôle continu a été la création d’un système de partiels qui instaure de fait une forme de bac permanent tout au long du cycle terminal. Quiconque a enseigné dans ces niveaux connait le poids de l’examen final sur les pratiques pédagogiques et la qualité de l’enseignement. Ce poids sera désormais accru là où il devait être réduit.

– Il peut paraître logique de demander aux élèves de choisir des spécialités qui correspondront à leurs choix futurs dans le supérieur. Mais l’orientation est tout sauf une science exacte. Quelle place dans cette conception pour le droit à l’erreur ? Quelle capacité pour les élèves à changer de parcours, à tester, à se découvrir ?

– Les programmes proposés sont majoritairement caractérisés par leur élitisme et leur forte exigence disciplinaire. Loin de tenir compte des réalités et des besoins des élèves, ils semblent conçus pour fixer une barre élevée qui permet de se gargariser sur l’exigence maintenue de notre système scolaire sans pour autant mettre en œuvre les conditions nécessaires à la réussite de nos élèves.

– Ces programmes, qui semblent d’un autre-temps, s’accompagnent d’une vision de l’enseignement au lycée qui fait bien peu de place aux projets, à l’interdisciplinarité et plus globalement à l’innovation pédagogique. C’est plus que regrettable lorsque l’on sait à quel point ces derniers constituent des leviers pour motiver et faire progresser les élèves, notamment les plus fragiles.

– Enfin, parmi toutes les interrogations disciplinaires, il faut noter que la place des mathématiques pose particulièrement question. Ainsi en 1e les élèves auront le choix entre une spécialité au niveau très élevé et l’absence totale de mathématiques dans leur cycle terminal. Cela semble une alternative à la fois peu crédible et bien radicale.

Au total, il y a donc plein de raisons de se mobiliser. Mais ne nous contentons pas de cibler les projets en cours et de défendre un existant qui ne vaut pas mieux. Battons-nous pour une remise à plat de certains de nos grands principes qui sont au cœur des inégalités constatées dans notre système scolaire. »

 
 

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