Faire des bilans c'est bien, en tenir compte c'est mieux. Le 9 décembre le rectorat nous a présenté le rapport social unique portant sur l'année 2023.
La fatigue et la colère
Il y a quelques jours, les personnels de l’éducation se sont mobilisés massivement. Ce mouvement, qui dépasse la simple contestation des mesures injustes prises à l’encontre des fonctionnaires, devrait vous interpeller sur les raisons profondes qui poussent nos collègues, si nombreux et nombreuses, à sacrifier une journée de salaire.
Depuis plusieurs années, nos conditions de travail n’ont cessé de se dégrader. Eprouvés par les années Blanquer, marquées par des décisions souvent éloignées des réalités du terrain auxquelles s’ajoutent l’instabilité et la succession rapide de ministres (cinq en seulement deux ans), ainsi que des réformes imposées à un rythme effréné, sans consultation de celles et ceux qui font l’école au quotidien.
On peut proclamer que l’école est et restera une priorité nationale, « la mère des batailles ». On peut se payer de mots…mais les faits sont têtus.
Des constats sans réponses concrètes
Les difficultés croissantes de recrutement, les demandes accrues de ruptures conventionnelles et les milliers de fiches SST (Santé et Sécurité au Travail) déposées chaque année sont autant de signaux d’alerte qui restent sans réponse concrète.
Dans le premier degré, la situation est particulièrement préoccupante. La forte mobilisation des professeur·es des écoles lors des grèves récentes, le 5 décembre comme le 13 janvier 2022, n’est pas un hasard.
- le nombre élevé de fiches SST provenant du premier degré.
- le départ à la retraite avec des décotes importantes, d’un refus de faire l’année de trop.
- l’augmentation constante des demandes de détachement et de ruptures conventionnelles.
- la baisse spectaculaire du nombre de candidats au CRPE, révélatrice de la perte d’attractivité de ce métier.
N’en jetez plus la barque est pleine
De manière générale, le métier d’enseignant s’est extraordinairement complexifié, et la charge de travail a considérablement augmenté. Dans le même temps, la reconnaissance pour le travail accompli n’a cessé de décroître.
La multiplication des tâches et des missions, contribue à cette déconsidération. Elle laisse entendre que nous aurions du temps à revendre ou que nous ne travaillons pas assez. Les mesures récentes accentuent ce sentiment :
Le « pacte » proposant de travailler plus pour gagner plus, ou encore l’imposition de formations hors temps de classe.
Sans parler des propos récurrents sur un prétendu absentéisme des enseignants, en totale contradiction avec la réalité.
Des suppressions de postes qui vont aggraver la situation
Enfin, les suppressions de postes annoncées – bien que suspendues pour le moment – risquent d’aggraver encore davantage la situation. Ces décisions semblent ignorer les nombreux signaux d’alerte évoqués précédemment.
Comme si les personnels de l’éducation nationale n’étaient plus que les variables d’ajustement d’un discours économique et que le pays n’avait plus aucun projet pour l’école et pour la jeunesse.
Au regard de ce qui se passe dans les écoles et les services on ne peut plus ignorer la question des conditions de travail dans les attributions de postes. Nous dire que le P/E ou le H/E s’améliorent ne rend pas compte des situations vécues. Et surtout ces améliorations sont bien plus lentes que celles de nos voisins européens : notre P/E est comparable à celui de la Roumanie. La moyenne des pays de l’UE est 1 enseignant·e pour 13 élèves, quand nous sommes à 1 pour 18.
Il est plus que temps d’ ajouter un indice de bien-être au travail si l’on veut rendre nos métiers plus attractifs !
Faire des bilans, c’est bien, en tenir compte, c’est mieux !