Déclaration liminaire des personnels de direction CFDT lors du groupe Blanchet du 4 mars 2026
Une préparation de rentrée tendue
Nous nous retrouvons aujourd’hui au lendemain de la fin de campagne de remontée des moyens de préparation de la rentrée 2026.Cette phase de travail a été dense pour tous les cadres en EPLE comme dans les services.
Elle a été dense parce que nous avons tous subi un calendrier contraint. Cela est connu. Elle a été dense aussi puisque les priorités de répartition des moyens ont de nouveau changé.
En effet, vous avez souhaité dans la logique d’Etat des 800 collèges en progrès, flécher des moyens vers les collèges à IPS faible. Notre organisation syndicale soutient bien entendu une telle volonté politique.
Des classes trop chargées à la rentrée
Pour autant nous devons exprimer devant vous quelques désaccords voire agacement.
Tout d’abord cette priorité donnée aux collèges aux IPS inférieur à 90, puis 98 etc, se fait aux dépens de nombreux établissements avec un réel changement de paradigme.
Lors des réunions de travail début février le passage à des classes à 31 voire 32 élèves est assumé. En 20 ans ces seuils de classe sont passés de 24 à 26 puis à 28 puis à 30 et aujourd’hui à 31, et même 32.
Mais jusqu’où va-t-on aller ? Comment peut-on sérieusement imaginer un travail pédagogique de qualité avec 31 ou 32 collégiens, quand on sait que nous accueillions des publics potentiellement fragiles au-delà du simple indice de positionnement social ?
Qu’ils s’agissent de primo arrivants, d’élèves à Besoins Educatifs Particuliers, de difficultés liées à des troubles dys, des élèves ayant un trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité -TDAH, de phobiques scolaires, de jeunes en mal-être, ou dans l’incapacité à gérer la frustration, ou à vivre en collectivité. En outre dans de nombreux établissements les locaux ne permettront pas d’accueillir tous ces élèves en même temps. Dans de nombreux endroits les professeurs qui ne sont plus formés seront en difficulté pour adapter leurs pratiques. Ces éléments risquent de conduire à des tensions et d’aboutir trop souvent à des sanctions et même des exclusions d’élèves.
Une priorité en chasse une autre
Cette nouvelle priorité va effacer les précédentes. Et une nouvelle fois sans évaluation. Bien que l’évaluation des élèves et des EPLE soit une obligation, de nouveau une directive institutionnelle écrase la précédente sans évaluation et sans logique de continuum. Comme quoi cette volonté d’évaluer pour progresser ne concerne pas tous les niveaux de l’Institution.
Concernant cette préparation de rentrée, Les volumes de HSA sont dans de nombreux endroits difficiles à répartir au regard de l’âge des professeurs, du nombre de mi-temps thérapeutiques ou de temps partiels qu’on ne peut raisonnablement pas refuser.
Forcer l’absorption de HSA, c’est risquer de ne plus avoir de professeurs principaux, c’est risquer une augmentation des arrêts maladie, c’est risquer une dégradation de la santé mentale des personnels, c’est risquer une rupture de dialogue social entre les personnels et les cadres intermédiaires que nous représentons, c’est risquer d’abimer encore davantage la relation
entre les personnels et l’institution.
Concurrence déloyale du réseau privé
Nous souhaitons aussi partager un agacement. Régulièrement depuis plusieurs mois en réponse à nos interventions sont renvoyés les très bons résultats historiques de l’académie, voire notre chance et privilège d’exercer ici plutôt qu’ailleurs. Nous collaborons avec nos collègues au niveau national et ils nous font part aussi de leurs difficultés et particularités.
Pour autant nous avons besoin d’être entendu sur les réalités de nos établissements et territoires qui sont masquées par des moyennes.
Nous devons aussi faire face à une concurrence forte du réseau privé catholique qui ne respecte pas les règles collectives.
Il suffit de lire leurs calendriers d’inscriptions, de connaître leur capacité à faire partir les élèves trop fragiles, leur volonté de s’adresser à une élite sociale, leur revendication assumée à sélectionner leurs élèves.
Les écarts d’IPS sont suffisamment explicites. Les documents sur les nouveaux réseaux pédagogiques le confirment si besoin. Alors que dans de nombreux établissements publics nous accueillons tous les élèves, que les élèves à aménagements individualisés peuvent représenter plus de 10% des effectifs. Nous avons besoin de l’écoute de nos autorités afin de partager un diagnostic, d’avoir un regard commun sur les réalités en établissement.
Pour compléter, le déploiement des PAS – pôles d’appui à la scolarité – ne nous rassure pas au regard de ce qui est fait dans d’autres académiques. Nous nous interrogeons sur des moyens qui vont être pris être pris au réseau public pour servir l’ensemble des établissements des deux réseaux.
La santé mentale des élèves et des personnels : un enjeux essentiel
Enfin avant de conclure nous avons une pensée forte et émue pour l’enseignante d’arts plastiques agressée délibérément et avec préméditation par l’un de ses élèves. Nous pensons aussi à tous ses collègues du collège de Sanary Sur Mer. On peut craindre qu’encore une fois les réponses apportées seront inefficaces.
Quelques fouilles aux entrées d’établissement et des projets d’installation de vidéo-protection vont agiter le microcosme politico-médiatique en cette période électorale. Une lettre dense et pas toujours accessible aux familles ne bouleversera pas les fonctionnements même si elle vient en soutien aux personnels.
Nous savons tous et toutes ici autour de cette table qu’il faudrait d’abord plus de personnels de vie scolaire, plus de personnels médico-sociaux, plus de soignants en psychiatrie.
Malheureusement ce drame se rajoute à d’autres que nous connaissons et va surement en précéder aussi tant que les moyens d’Etat et des collectivités ne seront pas priorisés vers la prévention, la jeunesse, le soin.