Les données issues des fiches du RSST dressent un constat préoccupant : les difficultés rencontrées par les personnels concernent très majoritairement le 1er degré, les RPS liés aux comportements d’élèves apparaissent désormais comme le principal facteur de tension au travail.
À partir de l’analyse de 4 059 fiches de signalement saisies dans l’académie entre le 1er septembre 2025 et le 16 juin 2026, une tendance forte se dessine : les difficultés ne relèvent plus seulement de l’organisation ou du manque de moyens, mais de situations quotidiennes qui affectent directement la santé, la sécurité et les conditions de travail des personnels.
4 signalements sur 5 proviennent du premier degré
Premier enseignement marquant : les signalements sont massivement concentrés dans les écoles.
Sur les 4 059 fiches analysées :
- 80,2 % émanent du premier degré ;
- 19,8 % seulement concernent le second degré.
Autrement dit, quatre signalements sur cinq proviennent des écoles maternelles et élémentaires.
Ce déséquilibre interroge. Il met en lumière une exposition particulièrement forte des enseignants du premier degré à des situations professionnelles génératrices de tension : gestion de classe, comportements perturbateurs, inclusion d’élèves à besoins spécifiques, relations avec les familles ou encore sentiment d’isolement face à certaines situations complexes.
Dans les écoles, les personnels se retrouvent souvent seuls face à la classe, avec peu de marges de manœuvre lorsqu’un élève présente des troubles du comportement sévères ou des épisodes de violence répétés.
Les risques psychosociaux deviennent le principal motif de signalement
Autre constat fort : les risques psychosociaux (RPS) dominent largement les remontées effectuées par les personnels.
Plus d’une fiche sur deux (52 %) concerne des difficultés liées à la relation avec les élèves, devant les problèmes d’organisation du travail, les tensions professionnelles ou les relations avec les familles.
Les signalements traduisent des situations qui dépassent largement le cadre de difficultés pédagogiques ordinaires. Les personnels évoquent fréquemment :
- une fatigue psychologique importante ;
- une charge mentale accrue ;
- un sentiment d’impuissance ;
- une dégradation du climat de travail ;
- des situations vécues comme mettant en cause leur sécurité.
Le RSST apparaît ainsi comme un révélateur d’un phénomène plus profond : une transformation des conditions d’exercice du métier, particulièrement dans les écoles.
Le comportement des élèves au cœur des alertes
L’analyse des descriptions contenues dans les fiches montre que les comportements d’élèves difficiles ou violents occupent une place centrale.
Près de 81 % des signalements comportent au moins un élément explicite lié au comportement d’un élève : crise, agressivité, refus d’autorité, violence verbale, agitation extrême, perturbation de classe ou épisodes de harcèlement.
Parmi ces situations :
- 85 % évoquent des violences physiques ou agressions (coups, morsures, jets d’objets, dégradations) ;
- 57 % mentionnent des violences verbales ou des menaces ;
- 33 % concernent des refus d’autorité ou comportements oppositionnels ;
- 32 % font état de crises comportementales sévères.
Ces chiffres montrent une réalité souvent peu visible : de nombreux personnels déclarent être confrontés à des situations qui relèvent non seulement de l’éducation, mais aussi de la prévention des risques professionnels.
Quand des enseignants ou AESH décrivent des morsures, des coups répétés ou des crises rendant impossible le maintien du cadre de classe, la question n’est pas pédagogique : c’est une question de santé et sécurité au travail.
Pourquoi le premier degré est-il si exposé ?
L’analyse croisée des données montre que les signalements liés au comportement des élèves sont encore plus concentrés dans le premier degré :
- 86 % des violences physiques signalées concernent les écoles ;
- 91 % des crises comportementales sévères sont signalées dans le premier degré ;
- près de 90 % des perturbations durables de classe concernent les écoles.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation :
1. Une proximité constante avec les élèves
En maternelle et en élémentaire, les personnels sont en interaction continue avec les élèves, sans relais immédiat ni spécialisation disciplinaire.
2. Une augmentation des situations complexes
Les fiches évoquent régulièrement des élèves présentant des besoins éducatifs ou comportementaux importants, parfois sans accompagnement suffisant ou stable.
3. Une solitude professionnelle accrue
Dans de nombreuses écoles, les équipes décrivent un sentiment de devoir gérer seules des situations très lourdes, avec peu de réponses immédiates.
Un signal d’alerte sur les conditions de travail
Ces données ne doivent pas être lues uniquement comme une augmentation des difficultés comportementales d’élèves.
Elles révèlent surtout un impact croissant de ces situations sur les conditions de travail des personnels, en particulier dans le premier degré.
Les signalements montrent une articulation de plus en plus forte entre :
- comportements d’élèves ;
- épuisement professionnel ;
- risques psychosociaux ;
- dégradation du climat scolaire.
En ce sens, le RSST apparaît comme un indicateur précieux d’une réalité professionnelle que l’institution semble vouloir minimiser.
Derrière les chiffres, ce sont des personnels qui décrivent des situations répétées d’usure, de tension et parfois de mise en danger. La forte concentration des signalements dans le premier degré invite donc à considérer ces données comme un signal d’alerte sur l’évolution des conditions d’exercice du métier enseignant dans les écoles.