Les résultats de PISA 2025 viennent de paraître et, pour la France, ils continuent de se dégrader en lecture et en mathématiques, plus rapidement que la moyenne de l’OCDE, tandis que les sciences restent globalement stables. Des résultats reflets de la politique éducative depuis 10 ans.
Les élèves évalués ont effectué la majeure partie de leur scolarité obligatoire sous les politiques éducatives conduites depuis 2017. Pour la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques, ces résultats de l’enquête PISA sont une interpellation sévère des orientations suivies depuis 10 ans. Et ce ne sont pas les éléments de langage du Ministre actuel qui suffiront à nous contredire.
Dans PISA, la chute continue
Recul en lecture et en mathématiques, poids toujours très important de l’origine sociale, soutien enseignant et familial perçu comme plus faible et fragilités nettes dans les conditions d’apprentissage : autant de signaux qui ne datent pas d’hier mais composent aujourd’hui le portrait du système éducatif français. Pour la CFDT, ces résultats interrogent une politique éducative marquée par un pilotage centralisé et excessivement prescriptif, l’accumulation des réformes et une confiance insuffisante accordée aux professionnels. Certes, la crise sanitaire a pu aggraver les difficultés, mais elle ne suffit pas à les expliquer : la dégradation a commencé auparavant et renvoie à des fragilités plus profondes, notamment au manque de confiance accordée aux professionnels qui agissent au quotidien dans les écoles et les établissements.
Évaluer toujours plus ne fait pas progresser les élèves
L’instauration généralisée, par les gouvernements successifs, d’évaluations nationales standardisées et imposées de manière autoritaire ne peut constituer une politique à elle seule : mesurer ne fait progresser que si les résultats débouchent sur des réponses pédagogiques, des moyens et un accompagnement. Mesurer tous les ans les résultats des élèves en lecture, en maths, pour quelles évolutions concrètes des compétences de l’élève ?
Entre 2022 et 2025, la France perd 18 points en lecture. Le résultat le plus marquant est le décrochage des élèves de 15 ans dans leur capacité à comprendre un texte, notamment lorsqu’il est long et exige une lecture attentive.
Notre organisation syndicale le martèle chaque fois qu’elle le peut : décoder, ce n’est pas comprendre.
Pourtant, la fluence est au cœur de la politique gouvernementale et des nouveaux programmes instaurés depuis 2025, des programmes très directifs et beaucoup trop lourds. Les résultats PISA interrogent donc une politique de la lecture qui risque de faire de la fluence un objectif en soi, alors qu’elle doit rester au service de la compréhension.
Comme le rappelle l’OCDE, il vaut mieux « approfondir plutôt que de couvrir davantage ». Alors laissons le temps à nos élèves d’apprendre à leur rythme, en fonction de leurs capacités, selon un cycle d’apprentissage qui ne soit pas seulement annuel voire infra annuel comme c’est le cas aujourd’hui.
Une confiance altérée à tous les étages de notre système éducatif
Les indicateurs de PISA sur le soutien perçu par les élèves sont très inquiétants. Ils ne mesurent pas directement leur confiance envers leurs professeurs, mais montrent un soutien enseignant et familial plus faible que dans la moyenne de l’OCDE. Ils interrogent un système éducatif qui laisse trop peu de place au dialogue et à l’écoute et privilégie une conception excessivement normative des apprentissages.
Cette situation tient aussi à un pilotage qui a multiplié, au cours de ces dix dernières années les réformes rendant incompréhensible les attendus. Si ces changements sont déjà difficiles à suivre pour les enseignants, que dire des familles qui se sont encore plus éloignées de l’École, faute de pouvoir comprendre ces évolutions permanentes ?
Dans ce contexte, PISA met également en évidence plusieurs fragilités dans les conditions d’apprentissage : climat scolaire, soutien apporté aux élèves et soutien familial. La confiance ne doit pas seulement être affichée : elle doit être réelle notamment envers les personnels qui œuvrent au quotidien pour la réussite des élèves. Le problème, est que les politiques menées, la communication politique, le prof-bashing permanent, les injonctions continuelles ne permettent en aucun cas de la restaurer.
Les pays comme le Royaume Uni, qui ont misés sur l’autonomie des établissements et la capacité des acteurs à être des experts formés de l’apprentissage pédagogique, sont les seuls aujourd’hui à voir leurs résultats s’améliorer. Le rapport souligne l’importance de professionnels formés, soutenus, reconnus comme experts de leur métier et disposant d’un réel pouvoir d’agir.
Un système toujours plus inégalitaire
Le système éducatif français est très marqué par l’impact du déterminisme social sur la réussite scolaire. En sciences, l’écart moyen entre le quart des élèves les plus favorisés socialement et le quart des élèves les plus défavorisés atteint 100 points, contre 85 points dans l’OCDE : une différence nettement supérieure à la moyenne des pays comparables. Depuis 2022, les élèves défavorisés progressent de 13 points en sciences et l’écart social se réduit de 21 points. Cette progression réelle doit être comprise et consolidée, mais elle ne doit surtout pas se transformer en autosatisfaction : l’inégalité demeure très élevée.
Pour la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques, cela passe avant tout par une politique volontariste en faveur de la mixité sociale dans les établissements scolaires.
Une réflexion doit donc être menée avec les collectivités territoriales notamment sur les secteurs de recrutement des écoles et des collèges. Cette politique doit également concerner les établissements privés sous contrat qui, dans de nombreux territoires, ne contribuent pas suffisamment à la mixité sociale.
Ce que Pisa ne dit pas
Depuis quelques années, chaque fois que Pisa dresse le portrait de notre système éducatif, les raccourcis sont faciles.
Contrairement à ce que certains se sont empressés d’affirmer dans les médias, l’enquête PISA ne permet pas de lier la baisse des résultats aux enseignant.es, à l’immigration, à la seule crise sanitaire ou à l’utilisation des téléphones portables.
D’autre part, le rapport montre que davantage de devoirs, de numérique ou d’intelligence artificielle ne produit pas mécaniquement davantage d’apprentissages. Tout dépend des objectifs, du cadre pédagogique et des possibilités d’accompagnement, dans la classe comme dans le milieu familial.
Des pistes mais avant tout des choix politiques à faire
Les apprentissages dépendent de multiples facteurs. L’École ne peut résoudre tous les problèmes à elle seule. Elle dispose néanmoins de leviers déterminants, encore faut-il que l’on donne à l’ensemble de la communauté éducative les moyens de les actionner. Encore faut-il réduire la pénurie de personnels, notamment enseignants, mieux les former et favoriser les échanges entre les professionnels au sein des établissements scolaires et des écoles.
Les dispositifs de fidélisation, notamment les indemnités spécifiques en éducation prioritaire, constituent un levier pour stabiliser les équipes ; ils doivent être évalués et complétés en fonction des besoins des territoires. La formation continue doit également être au centre des préoccupations, formations qui doivent être basées sur les besoins exprimés par les équipes... et non de priorités définies nationalement, sans prise en compte du travail réel, notamment en matière d’apprentissages fondamentaux.
Mais avant tout il faut un autre mode de gouvernance de notre système éducatif
Pour la CFDT, cela passe certainement par une autre gouvernance du système éducatif, avec une administration soutenante plutôt qu’injonctive. Enfin, il faudra mener une véritable réflexion sur l’articulation entre le temps de service des personnels, le temps de présence des élèves et les indispensables temps de concertation. Comment favoriser le travail ensemble au service des élèves ? La baisse démographique est une opportunité pour réduire les effectifs, renforcer l’accompagnement, développer la formation et dégager du temps pour le travail collectif. Pour la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques, les moyens libérés par la démographie doivent être réinvestis dans la qualité du service public, les conditions de travail des personnels et la réduction des inégalités, et non servir de prétexte à de nouvelles suppressions de postes.