Le 26 janvier a lieu une grève à l'appel de certains syndicats. La question s'est posée au Sgen-CFDT Bretagne de savoir s'il fallait ou pas appeler à la grève. Qui choisit d'autres modalités d'action. Lesquelles ? Pourquoi ?
Des raisons prévisibles d’échec d’un mouvement de grève
Absence d’effet sur notre ministère
Ce n’est un mystère pour personne : aucun mouvement social dans l’Education Nationale pour l’heure n’a réussi à infléchir des décisions de la rue de Grenelle, y compris les importants mouvements de l’an passé en décembre-janvier sur la réforme du bac. Il y a donc fort peu de chances de succès pour un mouvement actuel de grève, d’autant que la plateforme proposée est un vaste catalogue hétéroclite ce qui minore la possibilité d’obtention d’avancées sur un point précis.
Absence de relais dans les médias
En outre, on peut constater des effets de forte connivence entre le monde médiatique et J.M.Blanquer, connivence bien montrée par Philippe Watrelot sur son blog dans sa chronique intitulée L’imposture Blanquer. Cette connivence affaiblit considérablement les échos donnés à tout mouvement de contestation.
Paradoxe : ne pas faire cours quand on peut avec le Covid
Par ailleurs, il est paradoxal de se priver des nos élèves volontairement à un moment où, pour certain·es d’entre nous, nous craignons d’en être privé·es, où d’autres en sont privé·es en permanence ou par intermittence.
Pression du bac pour celles et ceux qui travaillent en lycée
Enfin, les collègues exerçant en lycée subissent la pression de l’échéance des épreuves de spécialité en mars : il ne reste que six semaines, ce qui fait peu, vu les probabilités de maintien de l’hybridation.
Problème de timing
Le budget a été voté en décembre. Beaucoup d’éléments de la politique actuelle dépendent de Bercy. Mais il est trop tard pour influer sur le budget, il resterait à tenter de le faire à un autre moment, lors de la préparation de la future loi de finances, par exemple avant son adoption en conseil des ministres.
Les raisons de la colère
Pour autant, nombreuses sont les raisons légitimes d’être en colère. En voici quelques unes :
Une politique de suppressions de postes, particulièrement dans le 2nd degré, inadmissible
L’objectif est clairement de supprimer des postes, même sans diminution démographique, comme c’est le cas dans notre académie. En effet, les postes sont remplacés par des heures supplémentaires pour la deuxième année consécutive. Pour mieux les imposer aux personnels, quand bien même ils n’en sont pas demandeurs ou demandeuses, on agite la possibilité de refuser les temps partiels sur autorisation… Bienvenue en Absurdie !
Un mépris global et constant du dialogue social, autoritarisme et verticalité
Toutes les organisations syndicales demandent soit un report des épreuves de spécialité en mars, soit, comme la nôtre, le passage complet au contrôle continu. En pleines vacances de noël, le ministère a fait paraître un décret permettant de modifier le déroulement des épreuves 15 jours seulement avant leur tenue.
Comme si cela ne suffisait pas, il propose qu’enseignants et élèves bouclent les programmes durant les vacances de février, ce qui démontre que le temps accordé pour les préparer n’est pas suffisant. Pour finir, JMBlanquer finit par reconnaître que les conditions variables d’un établissement à l’autre peut poser un problème d’équité. Mais il n’en tire pas pour autant les conséquences !
Quel message peut-on en déduire ? Qu’élèves comme enseignants sans la menace de l’examen ne seraient pas amenés à travailler correctement ?
Nous pourrions aussi évoquer les attaques en règle contre l’école maternelle. Les sujets ne manquent pas.
Une situation gérée dans l’opacité et dans le déni face aux difficultés sanitaires et pédagogiques qui en découlent
Nous proposons depuis des mois des mesures pour améliorer la sécurité sanitaire dans les établissements. Ces mesures ont pour but d’éviter les fermetures dont nous connaissons les conséquences ! A toutes ces demandes légitimes, la seule réponse fournie est la réaffirmation quasi obsessionnelle, tenant de la méthode coué, que l’école est sûre grâce à ses protocoles sanitaires.
Mais le plus effarant est encore la façon de biaiser les chiffres. Cela permet de nier la réalité des cas de contamination dans les écoles ou de faire pression pour éviter les fermetures totales.
Transfert de certains de nos collègues
Sans aucune concertation le ministère a annoncé le transfert des médecins scolaires aux collectivités territoriales. En pleine pandémie, l’idée est de se débarrasser du problème de pénurie médico-social. Or, cette pénurie, c’est l’Etat qui l’a lui-même créée ! Pour en savoir plus, il faut lire la lettre que le Snamspen a adressée à la ministre en charge aux relations avec les collectivités territoriales.
Dans la même veine, la ministre agite la perspective d’un transfert des adjoints-gestionnaires, se moquant éperdument des besoins et des logiques des équipes de direction. Ce que nous dénonçons tout autant.
Perte d’attractivité et de pouvoir d’achat
Le gel du point d’indice a eu des conséquences de perte continue du pouvoir d’agent des fonctionnaires. Les mesures de revalorisation des débuts de carrière ne les compenseront pas. A cela s’ajoute une augmentation croissante du recours aux contractuel·les. Autant de facteurs contribuant à diminuer l’attractivité de nos professions.
D’autres modalités d’action
Faire pression sur les aspects les plus urgents : pétition
Pour l’heure, il faut parer au plus pressé et répondre à la détresse des collègues qui ne tiennent parfois que grâce à un temps partiel. Nous proposons donc de signer et faire signer une pétition afin de médiatiser notre mécontentement au delà d’une seule journée de grève.
Se faire entendre via l’interpro
Par ailleurs, la CFDT apporte son soutien médiatique à nos revendications, permettant de lutter contre le prof bashing. Le slogan « je suis une richesse » est plus que jamais d’actualité. Mercredi 20 janvier, Laurent Berger, Catherine Nave-Bekhti et Laurent Lamour (Fep-CFDT) ont signé une tribune en faveur d’une loi de programmation pluri-annuelle en faveur de l’Education.