Côtes d’Armor : c’est mieux que si c’était pire ? (Préparation de rentrée 2025)

Après un boycott de tous les syndicats le jeudi 13 février, le Conseil Départemental de l'Education Nationale s'est réuni le lundi 24 février pour examiner le projet de carte scolaire pour la rentrée 2025. Voici notre déclaration lue en séance.

L’école a besoin d’un projet.

Il est urgent de donner aux personnels des perspectives pluriannuelles, en particulier sur les postes, les recrutements, pour définir et conduire une politique d’attractivité articulant revalorisation salariale pour tous les métiers et amélioration des conditions de travail.

Nous notons d’ailleurs le même type de demande de l’Association des Maires de France. Les maires souhaitent un accord cadre décliné à l’échelon local qui permette de partager et consolider une vision sur 3 ans.

L’école souffre d’un manque de visibilité, d’anticipation sur les moyens. Les 10 dernières années, nous avons trop vu de changements de cap en dehors de tout calendrier de travail : instauration des groupes de niveaux, interruption brutale de la part collective du Pass Culture  pour ne citer que les plus récents.

Et cette année avec le retard considérable pour avoir un Projet de Loi de Finance est encore plus difficile. Nous pensons aux collègues des services qui vont devoir travailler sur des calendriers très restreints pour les mutations et les implantations de postes. A ce stade, ce n’est plus de l’agilité, c’est de l’équilibrisme.

 Malgré tous nos efforts et la valeur de notre service public, les inégalités se creusent et fragmentent davantage notre société en alimentant les populismes. A la CFDT nous demandons une convention citoyenne sur les enjeux éducatifs. 

L’école a besoin de moyens pérennes et suffisants

Pour l’an prochain, notre département perd 4 postes dans le premier degré,  16 en collège, 17 en lycée, et 11 sont créés en LP. Vous nous direz que si baisse des effectifs et baisse des moyens étaient corrélées, beaucoup plus de postes auraient pu être supprimés.

Face à cet argument, nous rappelons que dans l’académie, on compte en moyenne 25,7 élèves par classe au collège, que la moyenne européenne est de 21, que dans les années 80 c’était 23. Dans le premier degré, la moyenne nationale est de 21 élèves par classe, alors qu’elle est de 19 dans les autres pays de l’Europe membres de l’OCDE. Le nombre de postes dans le 1er degré implique aussi qu’en plein milieu de l’année, les collègues ne peuvent plus partir en formation car il n’y a plus assez de moyens en remplacement.
D’autres choix sont  donc possibles et il faut le rappeler, investir dans la jeunesse et l’éducation est toujours un bon investissement. 

L’école a besoin de moyens au service de l’inclusion

Avoir mis en place une équipe de soutien aux équipes avec une éducatrice spécialisée est une excellente mesure appréciée par les collègues. De même avoir implanté un enseignant surnuméraire à la Madeleine et à la Chesnaye va sans doute bien aider ces deux équipes.
Mais cela suffira-t-il à combler le manque de postes en RASED ?
Cela remplacera-t-il la souplesse du plus de maîtres que de classe dont bénéficiaient les collègues du 1er degré ?
Est-il logique de prévoir dans les 18h de formation l’an prochain  du français, des maths et les nouveaux programmes alors que la demande prioritaire des collègues concerne l’inclusion ?

L’école n’a pas besoin d’une concurrence déloyale

Nous rappelons aussi, qu’au sein des établissements du service public, et tout particulièrement dans notre académie, maintenir une offre de formation riche, susceptible de concurrencer le voisin privé, devient chaque année un défi plus difficile. Au fil des DGH et des réformes, LV3 et options facultatives disparaissent. Notre offre s’effrite et s’appauvrit. Nous nous improvisons chargé·es de communication sans formation ni moyens. Il nous faut faire toujours plus et mieux avec toujours moins. Peut-on continuer à accepter que l’Etat finance les emplois du privé et organise la concurrence avec son propre réseau et ce faisant, participe voire favorise la ségrégation sociale ?
A la CFDT, conjointement avec notre fédération du privé, nous proposons de corréler les moyens attribués aux écoles et établissements aux Indices de Positionnement Social, que ce soit pour le secteur public ou le secteur privé. Nous demandons aussi de conditionner la contribution de l’Etat aux établissements privés sous contrat au respect de contrat d’objectif en matière de mixité sociale.

Ne plus subir

Pour l’heure,  ce que ressentent la plupart de nos collègues, c’est le sentiment de subir, de n’avoir que très peu de pouvoir d’action ni de choix.  Leur sentiment c’est qu’on laisse se dégrader la situation et qu’aucune solution de fond n’est discutée avec eux, avec elles au moment même où chacun·e d’entre eux, elles voit s’étioler et disparaître peu à peu sa classe, son école, son établissement. Les pertes démographiques mais aussi les choix de financement entraînent ce qu’on appelle dans le privé des plans sociaux ou des restructurations.

Nous voyons  malheureusement peu d’effet du plan Rebond pour le moment. Les collèges dont les effectifs augmentent se comptent sur les doigts d’une main. Nous espérons que les investissements importants pour le collège Prévert produiront leurs effets mais seront-ils suffisants à contrer la concurrence sur le long terme ?

Choisir

Ces baisses démographiques, outre une opportunité pour améliorer les taux d’encadrement, posent des questions de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences.  Il y aurait des débats à tenir ensemble dans un dialogue social de qualité :
– au delà des RPI, faut-il envisager des regroupements école/ collège, collège/lycée ?  Pourquoi cette possibilité évoquée avec les personnels de direction en Blanchet n’est-elle pas débattue ailleurs ?
– à la CFDT, nous pensons que les personnels devraient avoir le choix entre un partage sur plusieurs établissements et la bivalence, une bivalence choisie et non subie. Une bivalence anticipée et accompagnée pour éviter l’émiettement croissant des postes
–  ne faut-il pas enfin créer de nouveaux SPEA permettant de coupler des établissements ?

L’école a besoin de confiance et de marges de manœuvres

Notre enveloppe départementale comporte 19.5 ETP pour les Groupes de besoin. C’est beaucoup. D’aucuns diront que ce sont des moyens au service des élèves, ce qui est exact. Mais hormis en 4è-3è ce sont des moyens fléchés et qui ne sont pas attribués en plus de l’enveloppe. Rappelons qu’il n’y a aucune dotation supplémentaire pour notre académie pour ce dispositif qui comporte un fort risque de ségrégation sociale et qui diminue les marges de manœuvre des établissements en supprimant des groupes de science, de langue ou des options.
Nous soulignons en outre que la tendance est toujours à l’augmentation des HSA et à la baisse des heures postes. Le taux d’HSA au lycée augmente encore sensiblement. 12,23 % à la rentrée 2025, 11,90 % en 2024. Comment ventiler de telles enveloppes sur des équipes où les temps partiels voulus face à la fatigue du métier ne cessent d’augmenter ? Faudra-t-il créer ou gonfler des compléments de service pour réussir à placer toutes les HSA ? Dans les collèges, le taux d’HSA est certes moins important mais il est encore plus difficile de les répartir au sein de petites équipes.

L’école a besoin d’un dialogue social apaisé

Parfois les organisations syndicales contestent des réformes et s’y opposent. En tant que partie prenante d’une confédération interprofessionnelle, nous essayons de défendre les intérêts de nos collègues tout en prenant en compte la qualité du service public. Nous le faisons dans le respect des règles déontologiques des instances.
Nous jouons aussi au quotidien un rôle indispensable de médiation, d’information et d’explicitation de décisions . Pour le faire correctement, disposer des documents de travail en amont des instances est indispensable. Comment pourrions-nous valider correctement des propositions que nous découvrons en séance ?
Nous approuvons le choix fait d’anticiper le dialogue avec les mairies, avant même l’attribution des moyens. Nous vous demandons de nous inclure dans ce dialogue.