Côtes d’Armor : Une Éducation sous Pression face à la Déprime Démographique, au manque de moyens et à une vision trop étroite

Mardi 26 novembre a eu lieu le Comité Social Départemental (CSA SD) et jeudi 28 novembre le Comité Départemental de l'Education National (CDEN) pour faire le bilan de la rentrée en Côtes d'Armor. Entre inquiétude démographique, souci de la ruralité et équilibre public/privé, tour d'horizon

Voici la déclaration lue en CSA SD, en CDEN les syndicats ont fait une déclaration commune et ont voté une motion à une écrasante majorité.  Vous trouverez le compte-rendu de ces deux instances dans un autre article

On prend les mêmes et on recommence

La nomination de notre nouvelle ministre a provoqué la stupéfaction de la communauté éducative qui ne lui connaissait aucun attrait pour les thématiques scolaires. Tout juste des interventions sur les lycées français à l’étranger, qui font la fierté des expatriés et suscitent le vif intérêt des élites où ils sont implantés. À des années-lumière donc des problèmes qui minent notre école au quotidien.
Une ministre qui annonce que pour « pour élever le niveau, il faut commencer par rétablir l’ordre. »

Aspiration à moins de verticalité

Le Sgen-CFDT propose de rétablir surtout l’ordre des choses pour des orientations cohérentes et pertinentes. Nous appelions ainsi de nos vœux une gouvernance moins verticale, une gouvernance qui partent du terrain pour remonter puis redescendre ainsi éclairée et répondre aux besoins réels et exprimés, une gouvernance plus horizontale donc, au plus près des réalités du terrain.

Déprime démographique ou minoration des besoins de l’école ?

Au lieu de cela, nous attendons tous, fébriles, l’annonce de la dotation qui nous sera octroyée et de là, le nombre de classes qu’il faudra fermer, de postes qu’il faudra supprimer.

Il y a bel et bien une réalité démographique. Une réalité démographique à anticiper, à réinterroger aussi pour qu’une déprime démographique n’engendre pas une dépression générale. Car un bilan de rentrée c’est aussi le ressenti, la réalité quotidienne vécue par nos collègues dans les classes et dans les services.
Et nous voulons précisément alerter sur les risques psycho sociaux majeurs pour nos collègues actuellement.

C’est comme si dans une entreprise les employés vivaient un plan social et une restructuration chaque année. L’ombre des fermetures et des suppressions plane et mine les esprits.

Et c’est vrai que d’une part la déprime peut annoncer la dépression et que d’autres part les symptômes cliniques de cette dernière correspondent au ressenti des collègues : fatigue excessive, lassitude,
manque de motivation, malaises physiques, maladies, perte de confiance en soi et
en l’institution…

Un autre regard, celui des collectifs de travail

Il faut aussi un autre regard. S’il faut bien regarder la situation de manière comptable, plutôt que de regarder le nombre d’enseignants par élève, regardons le nombre d’élèves par établissement.
Si un bilan de rentrée ce sont des chiffres, des moyennes, une approche comptable d’une réalité chiffrée : tant d’élèves par classe, tant d’enseignants par élèves.

Alors parlons chiffres. Car si la déprime démographique est bien réelle, elle doit nous amener à réinterroger la situation et la façon dont nous devons la gérer, non pas seulement pour la rentrée prochaine, mais pour les années à venir.

Ainsi 411 élèves de moins dans le premier degré ont justifié 17 suppressions de postes : 1 enseignant
pour 24 élèves donc.

Mais si nous considérons le nombre d’écoles, alors 411 élèves de moins, ce n’est plus qu’1,2 élève de moins par établissement. C’est peu.

Et il n’est pas vain de regarder ces chiffres à l’aune des établissements car une école est une unité, un tout cohérent où l’on travaille ensemble au progrès des élèves, à leur suivi, à leur bien-être, à leur épanouissement. Nous y travaillons en équipe dans un esprit de corps et lorsqu’une fermeture advient, c’est tout cet ensemble qui est brutalement remis en question, tout un ensemble à réorganiser, à recréer.

Un investissement nécessaire

Mais quoi qu’il en soit, investir dans la jeunesse est toujours un bon investissement.
Les investissements que nous ne faisons pas aujourd’hui pour elle coûteront à tout point de vue beaucoup plus cher demain.
Par ailleurs, les questions du climat scolaire et celle de la santé mentale sont au cœur des réflexions et représentent des enjeux majeurs dans nos établissements.
Cela a vraiment du sens tant notre jeunesse souffre actuellement. Considération, bienveillance, prise en compte de l’autre dans ses différences sont des notions travaillées notamment en direction des élèves, mais les traduire en actions et en gestes suppose d’une part des moyens et d’autre part une même attention accordée aux personnels.

Violentomètre à l’orange

Or c’est tout le contraire qui est observé : non prise en compte de notre parole, non reconnaissance voire dépréciation de notre travail, absence de considération. Sur l’échelle du violentomètre distribué dans les établissements, pas de doute, nous sommes dans l’orange. C’est donc à des personnels malmenés voire maltraités qu’on demande d’engager réflexion et action pour améliorer le climat
scolaire.

Cet écart entre le traitement qui nous est fait et la demande que l’institution nous adresse relève de l’insupportable. En cette rentrée, loin d’une quelconque revalorisation, nous subissons une dévalorisation tous azimuts.

Bis repetita non placent

Il y a également une certaine lassitude dans la répétition.

Nous parlons effets de seuil, l’administration nous répond moyenne par classe.

Nous évoquons les difficultés de l’inclusion, l’administration invoque l’augmentation exponentielle du nombre d’AESH.

Nous parlons de la ruralité, l’administration nous renvoie les aides ponctuelles délivrées en septembre et le soutien au RPI.

Nous parlons de la scolarisation des 2 ans, l’administration nous rétorque qu’on a les meilleurs chiffres
par rapport aux autres académies et que la loi, c’est dans la mesure où il y a des places disponibles quand on n’est pas en éducation prioritaire.

Nous parlons moyens dédiés au privé, l’administration n’est pas en mesure de répondre ou alors elle nous dit qu’il faut mieux faire valoir nos réussites. Nous répondons que nous n’avons ni la
compétence ni le temps disponible pour faire la promotion de nos actions.

Sortir des échanges à vide

Il faudrait sortir de ces échanges mécaniques qui tournent à vide pour remettre tout à plat et de ne pas avancer au coup par coup en fonction des coups de boutoir politiques.
 Quel est le temps de déplacement acceptable entre le domicile des familles et une école maternelle et primaire pour leur rythme de vie ?
 Quel effet en termes de développement durable ? Comment conserver un maillage rural dynamique ? Une école rurale attractive ?
 Quelle taille d’établissement – école, collège – devient la taille critique ?
 Comment on calcule le coût humain de l’inclusion, comment on passe d’une logique de l’accompagnement individuel à une accessibilité collective ?
 Quel parcours on propose aux familles de la maternelle au collège, au lycée ?
 Comment on créé de la mixité sociale et scolaire sans concurrence déloyale avec le privé ?
 Quelles conditions de travail, quelles perspectives pour les collègues ?

Conséquences des groupes de niveau

Les groupes de niveau en collège ont créé de grosses difficultés de ressources humaines pour trouver des professeurs de français et de mathématiques. Le département a réussi à gérer tant bien que mal mais le problème c’est que cela créé des contraintes fortes d’emploi du temps qui rendent plus difficiles les remplacements de collègues dans ces disciplines.

De plus, ces groupes de niveau stigmatisent les élèves en difficulté. C’est d’un point de vue pédagogique une aberration qu’on nous demande d’assumer.

Des discussions guidées par Bercy avant tout

Nous reconnaissons la prise en compte du travail effectué en amont lors des groupes du travail et la qualité des échanges et de votre travail lors des instances. Vous proposez, nous défendons, vous argumentez, nous insistons… Mais en un mot, s’il est des choix politiques qui orientent ou plutôt contraignent la gouvernance de notre école aujourd’hui, ils semblent finalement moins émaner du ministère de l’Education nationale que des ministères du Budget et de l’Economie et ce quoi qu’il en coûte.

ALLONS PLUS LOIN