Le bilan de rentrée a donné lieu à des interprétations bien différentes ... selon qu'elles émanaient de la direction académique ou des syndicats.
Les déclarations liminaires des syndicats ont toutes dénoncé les conditions de travail et alerté sur les risques psycho-sociaux. Elles ont aussi pointé les conséquences de l’absence de mixité sociale, soumettant au vote une motion sur la concurrence déloyale que le privé mène contre le public. Le directeur académique a présenté les chiffres du bilan de rentrée dans les Côtes d’Armor et livré son analyse de la situation.
Déprime démographique et diminution de postes ?
Le Directeur académique pense qu’il n’est pas possible de nier le déclin démographique. D’ici 2027 il y aura 3000 élèves de moins. Le département connait plus de décès que de naissances. Le solde n’est positif que grâce à l’installation de familles qui n’ont pas d’enfants en âge de scolarisation.
Selon lui, l’administration n’a pas une vision purement comptable de la situation. En effet, les emplois ont baissé e 0.62% dans le 1er degré. Les effectifs, eux, ont baissé de 1.20% du fait des classes dédoublées et de la limitation ) à 24 élèves en Grande section CP et CE1. Le P/E – nombre de profs d’école pour 100 élèves – sert de repère. Il n’a pas cessé d’augmenter passant de 5.3 à 5.9 environ en 10 ans. L’E/C, autre indicateur mesurant le nombre d’élèves par classe, stagne. 22.05 en 2019; 21.13 en en 2024.
Il rappelle les particularités du département : un maillage dense, un nombre important de petites écoles. Nous sommes 10ème à scolariser en milieu rural. La direction académique a fermé des classes, pas des écoles.
La question des 2 ans
Le directeur académique s’est félicité d’un fort taux d’accueil des 2 ans dans notre département, en augmentation. L’accueil se fait tout au long de l’année, en janvier, en avril , ce qui expliquerait cette augmentation. Une charte des IEN en garantit la qualité.
A la CFDT nous avons rappelé l’importance cruciale de cet accueil étant donné le manque de structures de la petite enfance dans certains territoires.
La FCPE ne semblait pas non plus partager l’enthousiasme du Dasen. En effet, cette augmentation en cours d’année peut représenter jusqu’à 30% de l’effectif final. Ce devrait donc être comptabilisé dès la rentrée.
Les moyens dans le 1er degré et les priorités départementales : mieux accompagner les profs, mieux remplacer
La direction académique a attribué 15.25 aides pédagogiques fin août pour assurer la rentrée.
Pour renforcer l’accompagnement et la formation des enseignant·es, la direction académique a créé des postes hors la classe :
- un·e chargé·e de mission en appui
- un·e conseiller·e départemental de prévention
- des équipes de circonscription renforcées
- 8 référent·es en français/maths
- des décharges supplémentaires pour les directions d’école référentes
- une brigade de soutien
- deux postes de remplaçant·es.
Concernant le remplacement, le nombre d’emploi est maintenu par rapport à l’an dernier. Il représente 8.64% des emplois. Le directeur se félicite d’une couverture de 96% de remplacement en septembre, supérieur à la moyenne nationale de 88.3%. Il avance la statistique « qui tue » : 1.4 jour non remplacé par classe sur l’année.
Remplacement : une réalité parallèle
Cette statistique nous a vivement interpellé. Notre représentant en comité social départemental n’était pas remplacé pour l’instance. Il a aussi pointé une tension très tendue sur la circonscription de Guingamp nord.
La CFDT a proposé une cartographie pour identifier les disparités sur le département et y remédier.
Le directeur académique a décliné au motif que les situations varieraient d’une année sur l’autre. Il préfère renforcer et optimiser le fonctionnement actuel par pôle avec des échanges entre circonscriptions.
Si les besoins en remplacement peuvent effectivement changer d’une année à l’autre, la façon de dresser le bilan ne permet pas de faire apparaître des circonscriptions en tension systématiques. C’est le cas de celle de notre représentant par exemple. Cela fait des années que la direction académique n’y assure pas les remplacements, et ce très tôt dans l’année !
Cachez cette réalité que je ne saurais voir ?
Un tableau bien différent du nôtre ! La France à la traîne de l’Europe
A la CFDT, nous ne contestons pas la réalité de la baisse démographique. Mais nous avançons d’autres chiffres. Si le P/E a augmenté en dix ans, il l’a fait de façon nettement moins importante que dans les autres pays d’Europe ! Un calcul rapide montre qu’il est bien supérieur au 5.9 de notre département en dépassant allégrement les 7 enseignants pour 100 élèves.
En effet, il y a en France comme en Roumanie 1 prof d’école pour 18 élèves alors que la moyenne européenne est de 1 pour 13. Les autres pays de l’Union Européenne ont donc bien davantage que nous profité des baisses démographiques pour abaisser le nombre d’élèves par classe.
Des défis à relever : inclusion, ruralité et mixité sociale
Inclusion : pause méridienne
Tous les syndicats présents ainsi que la FCPE, comme les maires, ont souligné la difficulté d’inclure correctement les élèves en situation de handicap dans le contexte actuel, surtout dans le premier degré.
L’association des maires de France a souligné la difficulté d’embaucher des AESH pour couvrir le temps de la pause méridienne.
Le directeur académique souligne que le changement de règle a eu lieu durant les vacances. C’est désormais à l’Education nationale de rétribuer la pause méridienne, et plus les collectivités locales. Il remercie les élus d’avoir continué à la financer pour la rentrée.
La direction académique a pris la relève depuis le retour des vacances de la Toussaint, elle est en train de recruter. Les textes encouragent la prise en compte des repas mais 1h de prise en charge ne suffit pas. Il faut 1h30. Comme il n’est pas possible d’embaucher quelqu’un pour 4X30 mn, la direction académique a complété.
Inclusion : des analyses bien différentes !
Comme pour le remplacement, l’analyse de l’administration diffère beaucoup de la nôtre.
Le directeur académique nous accuse de noircir le tableau, de nous référer uniquement à des situations extrêmes. Il rappelle une opposition syndicale à l’inclusion. Il rappelle le renforcement des PIAL travaillant davantage avec les structures médico-sociales. Ce sera bientôt à l’Education nationale de piloter les prises en charge et d’accorder la priorité à tel ou tel élève.
Plusieurs syndicats, dont la CFDT, ont rappelé à l’inverse leur attachement à la loi de 2005. Il ne s’agit pas de remettre en cause l’inclusion, mais de la rendre effective !
Nous constatons tous les jours les pénuries de personnel pour accueillir des enfants à trouble du comportement. Rappelons que dans les écoles il n’y a pas de vie scolaire pour prendre un enfant en crise ! Nous évoquons toutes et tous l’augmentation des fiches santé sécurité au travail qui montrent les difficultés vécues par les collègues !
A la CFDT nous pointons également la nécessité de changer de logique. Pour le moment, l’accompagnement se fait de façon individuelle. Les AESH sont bien souvent l’unique recours de familles désemparées. Et ce n’est pas parce qu’on passe par des AESH mutualisées qu’on bascule dans l’accessibilité collective ! Au contraire …
Les syndicats notent par ailleurs qu’on ne dispose d’aucun chiffre sur l’accueil par le privé des élèves en situation de handicap. Le privé respecte-t-il la loi de 2005 ?
Par ailleurs, nous pointons le cumul dans certains contextes d’établissement : difficultés sociales, élèves en situation des handicap, élèves allophones. Les prof d’école ne sont pas des super héroïnes ou de supers héros !
Le défi de la Ruralité
Le directeur académique rappelle l’existence d’un observatoire des dynamiques rurales avec l’association des maires de France comme la tenue d’un séminaire voulu par le recteur sur « l’école rurale du futur ». Il mentionne un film appelé « l’école dans les bois » sur Treffrin qu’il cite en exemple.
Mais d’un autre côté, il pose une question : « est-ce qu’une école à 9 élèves est souhaitable pour le parcours de nos élèves ? »
Les syndicats, eux, rappellent l’enjeu des équilibres sociaux que pose une métropolisation à outrance. Souhaitons-nous une fracture entre zone urbaine et rurale ? des campagnes désertes sans service public ?
Effectifs 2nd degré
Il y a une baisse démographique globale sauf pour les LP et post-bac dont les effectifs sont en augmentation. L’orientation en LP gagne 4 points.
Cette baisse a engendré des fermetures, particulièrement en 6ème (10 fermetures, contre 4 ouvertures) et en 2nde (3 fermetures).
Pour les Segpa, on est sur un solde positif : 1 fermeture en 6ème à Camus (Grâce), 2 ouvertures en 5ème (Goffic Lannion et Ploufragan).
Au collège le nombre d’élèves par division (E/D) est stable. Les dérogations sont stables aussi et concernent majoritairement l’entrée en 6ème et 2nde sur limite de secteur par convenance personnelle.
La classe expérimentale prépa 2nde, accueillant des élèves ayant échoué au DNB et volontaires, pour rattraper leur niveau a accueilli autant d’élèves du public que du privé. Une fois en 2nde GT, les élèves vont plus souvent en 1ère GT. La filière STI2D, pourtant très insérante, marque le pas.
Déterminismes sociaux et mixité sociale/scolaire
Les syndicats ont voté une motion pour réclamer des conditions identiques pour le privé et le public. Pour le directeur académique, la baisse démographique touche de la même façon les deux réseaux. Il n’y a donc pas de quoi s’alarmer.
A la CFDT, nous sommes en profond désaccord avec cette vision. Dans un contexte de forte baisse démographique, il ne s’agit plus de complémentarité mais de concurrence, parfois déloyale du privé envers le public.
Ainsi, nous citons l’exemple des deux collèges de Guingamp. Celui du secteur privé, à quelques rues d’écart, présente un Indice de Positionnement Social (IPS) de 10 points supérieur à celui du public. On peut souhaiter que la rénovation du collège public rétablisse un peu l’équilibre mais s’agit-il d’une situation normale ? Nous déplorons l’opacité dans la gestion des moyens, comme le fait que le privé fonctionne parfois comme un « aspirateur » social. La FSU elle aussi trouve qu’on ne peut plus accepter la fuite des élèves vers le privé ni le fait d’avoir une école à deux vitesses. L’UNSA rappelle à juste titre la baisse des résultats des élèves issus de population défavorisée dans les évaluations nationales.
Le directeur académique redit que selon lui, il n’y a pas de fuite vers le privé.
Nous dénonçons par ailleurs la persistance, voire l’accroissement des déterminismes sociaux, genrés et géographique, conséquence de la réforme des lycées. Il y a à peine eu une année sans réforme depuis 2018, cela a généré une instabilité difficile à vivre !
La voie professionnelle est encore trop souvent une filière par défaut. Il y a eu deux réformes bien distinctes et la réforme du LGT a présenté un angle mort du point de vue de l’orientation, seulement une cinquantaine d’heures en 2nde et trop peu d’accompagnement personnalisé.
Le directeur académique s’insurge contre ce terme d’angle mort. Certes il reconnait les déterminismes : avec des notes au brevet identiques, un garçon de milieu défavorisé et une fille de milieu favorisé connaitront des trajectoires bien différentes. Un groupe de travail réunit les personnels de direction sur les parcours et l’insertion sociale. Il rendra ses travaux en juin 2025.
Choix des spé, absence de classe et groupes de niveau
Les parents d’élève rappellent combien le choix des spé est complexe pour les familles. Ce qui confirme notre propos sur l’angle mort… La FCPE rappelle qu’il n’y a plus de groupe classe et que cela complique beaucoup la tâche des profs principaux/principales mais aussi des représentant·es des parents !
Elle s’étonne aussi de ne pas avoir de bilan sur les groupes de niveau dont la mise en place lui paraît très variée d’un endroit à l’autre, à un moment où le ministère envisage leur extension en 4ème et 3ème.
Le directeur académique précise que l’inspection générale avec une équipe de la DGESCO mène actuellement une enquête sur cette question.