Je ne suis plus directrice…

Témoignages de directrices et d'un directeur qui ont jeté l'éponge.

Lors du CTSD bilan de rentrée dans le Morbihan, nous avons posé la question de savoir combien de directeurs et directrices avaient abandonné la fonction. Il nous a été répondu que la DSDEN n’était pas autorisée à produire ce type de statistique, mais qu’il n’y avait pas d’évolution notable…

Alors, à défaut d’avoir des chiffres, voici les mots de certain·es de nos collègues de l’académie.

Je ne suis plus directrice et…

Régulièrement encore, quand j’ouvre la petite trousse dans laquelle je garde mes clefs USB, j’ai un moment de panique : aurais-je perdu la ??? …. Ouf ! C’est vrai, je ne suis plus directrice. (Florence)

 

En m’installant dans ma nouvelle école en août, j’ai trouvé une directrice qui n’avait pas le temps de préparer sa classe et qui devait gérer les demandes de l’institution pour la mise en place du PPMS. J’ai été soulagée de ne pas subir cette pression de façon directe. Je me suis rendue compte que c’était le premier été que j’avais passé sereinement depuis 7 ans. Tout le stress avait très vite disparu. (Marion)

 

Quelques temps après avoir rendu ma clé OTP, je me suis réveillée en pleine nuit avec une impression étrange. J’ai ouvert les yeux et ai réalisé qu’il faisait jour. C’était donc ça cette drôle de sensation : j’étais reposée après une nuit entière de sommeil sans interruption. J’avais oublié ce que c’était. (Florence)

On ne m’y reprendra pas…

Lorsque nous nous réunissons dans la salle commune pour le repas, nous parlons de tout et de rien, de nos élèves mais aussi de nos familles. 
Mais lorsque notre directrice adorée entre à son tour, elle est immédiatement assaillie de « petites » questions…Par tout le monde en même temps ou presque, des questions qui n’ont rien à voir les unes avec les autres. Des questions qui sont toutes la suite de projets différents. Elle n’a pas le temps de sortir son plat qu’elle a déjà du penser à 15 trucs différents. 
« As-tu pensé à envoyé le mail à la mairie pour…?
           « Est-ce que tu sais où en est le dossier MDPH de …? »
                         « Peux-tu me (re)dire quel jour…? »
        « J’ai posé ma feuille sur ton bureau pour que tu la signes, je l’enverrai après » 
« Je me suis occupée du projet truc, je vous explique tout ça au prochain conseil des maitres »
                                  « Le papa de machin est venu me voir pour… »
                           « Tu n’oublies pas que je suis absente tel jour à cause de…? »
                                            « As-tu eu une réponse de…? » 
      « Le ménage, hier, c’était pas top, est-ce que tu peux dire…? »
                        « Comment on fait quand…? »  
                                « Est-ce qu’on peut…? »
                             « Que dit l’IEN au sujet de…? » 
             « Ta fille va mieux ? »
Je verrais presque les phrases fuser en tous sens dans l’air. Et ce que je ressens immédiatement, pleinement, c’est à quel point je suis soulagée de ne pas avoir « rempilé »… (Barbara)

je ne suis plus directrice parce que…

Je ne souhaitais plus que ma famille passe après. Passer des mercredis, des soirées et des week-ends à travailler pour la direction. Ma 3ème grossesse a été l’élément déclencheur de cette réflexion. Avant elle, je me noyais et n’étais pas capable de me rendre compte de l’emprise que la direction avait sur moi. (Marion)

J’en avais assez de rager contre la hiérarchie pour toutes leurs enquêtes inutiles, dont on ne voit jamais la concrétisation sur le terrain. J’en avais marre de palier « leurs » manquements, leur méconnaissance du terrain, leurs contradictions. Je n’en pouvais plus de trier : « ça c’est une demande inutile, je l’enterre en dessous de la pile »… (Barbara)

« ça c’est une demande inutile, je l’enterre en dessous de la pile »

J’ai été chargée d’école en début de carrière, puis directrice pour dépanner. Et puis vraie directrice à ma demande, après inscription sur la LA. J’ai adoré cette fonction et porter les projets de l’école, de l’équipe. A l’époque, les rythmes scolaires étaient d’actualité. Le travail en collaboration avec l’équipe de la circonscription et l’IUFM dans le cadre de la charte du XXIème siècle était passionnant à mener. (Au passage, où sont passées les conclusions de ce beau chantier collectif ?)
En revanche, la fonction était déjà lourde à porter. La naissance de mon premier enfant a conduit mon conjoint à me demander de quitter la direction d’école pour retrouver un équilibre familial plus sain. Pour moi, pour nous. Il a hélas eu raison. Concilier classe, direction et vie personnelle sans mettre en jeu ma santé, ou un des pans de ma vie était devenu impossible.  Peut-être y retournerai-je un jour… (Sophie)

Je ne suis plus directeur…

J’ai quitté la fonction de direction depuis des années pour prendre plus de responsabilités syndicales. Il m’a fallu choisir entre deux fonctions  passionnantes et chronophages.

La direction ce n’est pas d’abord une fonction administrative, comme certains la présentent.
C’est d’abord une fonction de relations humaines : animation d’équipe et relations avec de multiples partenaires. C’est ce qui la rend passionnante et difficile à exercer si les conditions ne sont pas remplies pour le faire sereinement.
Le directeur que j’étais à plein temps était de plus chargé de classe. Il est difficile alors d’exercer bien son premier métier, enseignant, pour exercer aussi celui que j’avais choisi en connaissance de cause : directeur.

Si je l’ai quitté à l’époque, c’est parce qu’il n’était pas reconnu à la hauteur de l’engagement attendu de tous bords par les différents partenaires, à commencer par l’Éducation nationale.

Il faut du temps pour exercer ce métier et l’école a besoin d’un statut clair. Actuellement une majorité des décisions importantes sont prises en dehors de l’équipe et de la direction.

La situation n’a fait que se complexifier depuis que j’ai quitté cette fonction. Le numérique, sensé alléger la tâche, augmente de fait la pression sur les directeurs et directrices. 
Je comprends les collègues qui quittent la fonction devant l’absence de reconnaissance qui devrait permettre un équilibre personnel et professionnel, mais aussi ceux qui restent en responsabilité, car elle reste passionnante. (Luc)