La CFDT a porté ses exigences sur le dialogue social, alerté sur la dégradation des conditions de travail et interrogé les choix en matière de carte scolaire et d’équilibre public/privé. Une audience marquée par un dialogue de qualité mais aussi des engagements à concrétiser.
Dialogue social à l’académie de Rennes : Les attentes de la CFDT
La CFDT a ouvert l’audience en revenant sur les difficultés récentes de dialogue social, marquées par plusieurs refus d’audience de la rectrice, y compris dans un cadre intersyndical.
Nous avons rappelé que le dialogue social ne peut se limiter à des annonces sans suites concrètes. Il doit reposer sur :
- des rencontres régulières,
- des réponses aux sollicitations des organisations syndicales,
- une mise en oeuvre réelle des décisions partagées
Le secrétaire général a reconnu des contraintes d’agenda et de charge de travail dans une académie « mono-région ». Mais a semblé d’accord avec le principe de rencontres régulières, sans pour autant s’avancer. Il a posé une réelle volonté de dialogue.
Carte scolaire et organisation du réseau : une réflexion à construire
La CFDT a réaffirmé sa demande d’un véritable dialogue social sur la carte scolaire et l’organisation du réseau éducatif.
L’expérimentation en cours dans deux départements pose plusieurs questions :
- quelle cohérence à l’échelle académique ?
- quelle association des organisations syndicales ?
- comment dépasser les logiques locales pour construire une vision de réseau ?
L’administration évoque une réflexion en cours autour de réseaux école-collège-lycée, intégrant les élus, mais encore à un stade préliminaire.
Équilibre public/privé en Bretagne : une question posée
La CFDT a interrogé le maintien de l’équilibre actuel (60 % public / 40 % privé), alors que la moyenne nationale est de 80/20.
Dans un contexte de baisse démographique, nous posons clairement la question : Faut-il tendre vers un renforcement du service public d’éducation ?
Le rectorat met en avant un renforcement des contrôles dans l’enseignement privé. Le bilan actuel partagé de ces contrôles se limitent au plan quantitatif. Le SG concède que pour l’heure ce bilan n’a pas été d’ordre qualitatif car il a fallu l’organiser.
Il a aussi évolué et est en phase de stabilisation. Au-delà de ce contrôle qui a priori ne montrerait pas de « fautes graves » intentionnelles, le secrétaire attire notre attention également sur la suite, à savoir la mise en conformité en cas de modifications à apporter. Effectivement, comme le dit le proverbe, errare humanum est, le privé comme le public, a droit à l’erreur « sed persevare diabolicum ! » (ce commentaire n’est pas du SG ;)! ).
Nous avons rappelé qu’au-delà des obligations réglementaires – en matière d’horaires, de programmes, d’EVARS ou de laïcité – il y a des principes à faire respecter. Nous l’avons redit, l’implication de l’enseignement privé dans certains dispositifs particuliers, Segpa, ULIS, ne nous paraît pas suffisant. Le SG a réitéré les propos de la rectrice sur la volonté de notre académie d’avancer sur ces questions.
Conditions de travail des personnels : une dégradation préoccupante
La CFDT a alerté avec force sur la situation des personnels, en particulier dans le premier degré, mais désormais aussi dans le second degré.
Les indicateurs sont alarmants :
- multiplication des fiches SST,
- hausse des arrêts maladie,
- augmentation des temps partiels thérapeutiques,
- demandes croissantes de temps partiels pour faire face à la charge de travail.
Les suppressions de postes à venir risquent d’accentuer :
- les services partagés,
- la désorganisation des équipes,
- la dégradation des conditions d’exercice.
L’administration reconnaît les difficultés. Elle comprend aussi très bien le caractère anxiogène des évolutions à venir.
Mais le SG trouve la feuille de route RH ambitieuse, concrète (mais qui à notre sens demande encore à être réellement appliquée).
Il n’y a à ce stade pas de réponses immédiates à la hauteur des enjeux. La CFDT pense en effet qu’il faut aller plus loin, que ce soit en matière de prévention collective ou en matière d’anticipation individuelle au vu des départs en retraite qui vont se succéder dans notre académie.
Services et CIO : des situations locales très tendues
La CFDT a également pointé des situations préoccupantes dans plusieurs services. Elle a mentionné les échanges déjà initiés concernant le fonctionnement de la Direction Régionale Académique des Systèmes d’Information (DRASI) ainsi qu’un courrier à propos des CIO.
À la DRASI, les personnels sont en souffrance et les modalités de traitement des signalements interrogent, notamment l’absence d’association des représentants des personnels.
Dans les CIO, les difficultés sont concrètes :
- postes non remplacés,
- surcharge de travail,
- organisations incompatibles avec les droits des agents, notamment en temps partiel thérapeutique.
Ces situations dégradent fortement les conditions de travail et le sens des missions.
Promotion et équité
La CFDT a remise également un courrier concernant l’accès à la classe exceptionnelle. De nombreuses et nombreux collègues sont désavantagés parce qu’ils/elles ont commencé soit dans un autre métier, soit dans une autre catégorie malgré des avis excellents. Cela les pénalise plus encore à l’approche de la retraite.
En effet, les lignes directrices de gestion prévoient, dans un premier temps, une évaluation qualitative reposant sur les avis du chef d’établissement et de l’inspecteur pédagogique régional, ou de l’IEN dans le premier degré. L’obtention de deux avis « très favorable » conditionne l’accès au classement des candidatures. Dans un second temps, les candidatures ainsi retenues sont départagées selon leur ancienneté dans le corps.
Or, ce second critère, appliqué de manière mécanique, introduit une inégalité de traitement manifeste entre les personnels. Certain·es enseignant·es ont, au cours de leur carrière, connu des évolutions statutaires (PE devenu Certifié ou CPE, PLP devenus certifié·es, certifié·es devenus agrégé·es) ou ont intégré plus tardivement l’éducation nationale après une expérience professionnelle dans une autre administration ou dans le secteur privé. Ces parcours, pourtant riches et reconnus, se traduisent par une moindre ancienneté dans le corps actuel.
De ce fait, malgré des avis unanimement très favorables de leur hiérarchie, ces collègues se retrouvent systématiquement relégué·es en fin de classement, sans que la qualité de leur engagement professionnel ou la richesse de leur parcours ne soient réellement prises en compte. Cette situation génère un sentiment d’injustice profond et contrevient à l’esprit d’équité qui devrait présider à ces promotions.
Nous rappelons dans le courrier remis que les lignes directrices de gestion constituent des modalités d’organisation administrative et ne sauraient avoir valeur normative supérieure aux principes généraux d’égalité de traitement des agents publics.
Conclusion : des engagements attendus
Cette audience a permis de poser clairement les enjeux :
avoir un dialogue social respectueux et régulier
associer réellement les organisations syndicales aux réflexions et aux décisions, en particulier sur la carte scolaire dans un contexte de forte baisse démographique.
répondre en urgence à la dégradation des conditions de travail par des mesures systémiques, les réponses individuelles ne sont pas suffisantes.