Mobilisations lycéennes : entendre la colère, protéger et transformer l’École

La journée de mobilisation du vendredi 2 octobre a marqué une nouvelle étape dans les tensions qui traversent actuellement les lycées bretons.

 Blocages, dégradations, incendies et affrontements ont conduit à des interventions importantes des forces de l’ordre; Parfois dans des conditions particulièrement tendues aux abords des établissements.

La CFDT condamne les violences et les dégradations. Aucun élève, aucun personnel, ne doit être mis en danger.

La réponse à ces violences ne doit pas conduire à opposer différentes catégories de jeunes. On ne peut réduire une mobilisation diverse à ses formes les plus visibles ou les plus conflictuelles.

Les mobilisations actuelles portent des motivations, des sensibilités et des pratiques différentes. Si des lycéen·nes font entendre des revendications précises,  d’autres expriment avant tout une inquiétude ou une colère face à leur avenir ; d’autres encore participent à une mobilisation dont les contours et les objectifs restent parfois difficiles à identifier.

Cette diversité ne doit pas être transformée en opposition entre une jeunesse qui serait légitime et une autre qui ne le serait pas. Derrière des formes d’expression parfois désordonnées ou contradictoires, il y a une colère et une inquiétude qu’il faut entendre.

Une colère qui ne vient pas de nulle part

Les mobilisations lycéennes interviennent dans un contexte où l’ensemble de l’Éducation est sous tension.

Ce constat n’est désormais plus seulement porté par les organisations syndicales. Dans son rapport publié le 28 septembre, L’École, un héritage à transformer, l’Académie des sciences dresse un diagnostic particulièrement préoccupant. Face aux transformations de la société et à l’élargissement de ses missions, « le système éducatif français est à bout de souffle ». Le rapport souligne notamment que la massification scolaire et la diversification des besoins des élèves ne s’accompagne pas d’une transformation suffisante de l’organisation du système.

L’Académie constate également une pression grandissante sur l’ensemble de la communauté éducative. Pression liée notamment à une conception très normative de la réussite et à la multiplication des attentes qui pèsent sur l’École.

Ce constat fait écho à ce que vivent quotidiennement les personnels :

  • multiplication des missions
  • difficultés d’inclusion
  • manque de temps pour travailler collectivement
  • difficultés de recrutement et d’attractivité
  • sentiment de perte de sens
  • insuffisance de la formation et de l’accompagnement.

La colère des jeunes et le malaise des personnels ne sont donc pas deux réalités étrangères. Ils sont, chacun à leur manière, le symptôme des difficultés d’un même système qui peine à répondre aux transformations de la société.

La sécurité ne se réduit pas à  une question de maintien de l’ordre

La sécurité des élèves et des personnels doit évidemment être garantie. Mais les événements de ces derniers jours interrogent  les modalités d’intervention des forces de l’ordre à proximité des établissements scolaires.

Un lycée n’est pas un lieu de confrontation comme un autre. La présence de nombreux mineurs et de personnels qui ne participent pas aux mobilisations doit conduire à privilégier des interventions proportionnées, adaptées à chaque situation et permettant autant que possible d’éviter l’escalade.
Les personnels de direction, qui connaissent leur établissement et leur environnement, doivent être pleinement associés à la gestion de ces situations.

La fermeté face aux violences est nécessaire. Elle ne doit pas pour autant conduire à considérer toute mobilisation lycéenne comme une menace à traiter sous l’angle du maintien de l’ordre et de la répression.

Transformer la colère plutôt que la réprimer

Le rapport de l’Académie des sciences ouvre, sur ce point, une perspective intéressante. Parmi ses cinq grandes clés de transformation figurent la coopération, la confiance accordée aux acteurices, la diversification des compétences et le relâchement des contraintes de temps. Il appelle notamment à reconnaître davantage le travail collectif des personnels et à donner aux acteurices de terrain une véritable capacité à participer aux transformations de l’École.

On ne répond pas durablement à une crise de confiance par davantage de prescriptions, de contraintes ou de réponses sécuritaires.

Il faut redonner du pouvoir d’agir aux personnels comme aux élèves.

Cela suppose de permettre aux jeunes de participer réellement à la vie de leur établissement et aux décisions qui les concernent. Cela suppose aussi de donner aux équipes éducatives du temps :

  • pour travailler ensemble
  • pour accompagner les élèves et pour construire des réponses adaptées aux réalités de chaque établissement.

Le rapport insiste précisément sur la nécessité de reconnaître des temps consacrés à l’accompagnement, à la préparation, à la concertation et au travail collectif.

Sortir de la spirale de la confrontation

La mobilisation actuelle doit donc être prise au sérieux, sans complaisance sur les violences mais sans stigmatiser une génération.

La colère des lycéen·nes comme le malaise des personnels sont des alertes.

Pour la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques Bretagne, il faut maintenant sortir de la spirale de la confrontation :

  • protéger les élèves et les personnels
  • condamner les violences
  • garantir une réponse policière adaptée et proportionnée
  • mais surtout rouvrir des espaces de dialogue et répondre sur le fond aux difficultés de l’École.

Le rapport de l’Académie des sciences appelle lui-même à une transformation de long terme et à l’association des acteurs de terrain à sa conception et à son évaluation.

Il est temps d’entendre ce que nous disent les jeunes comme les personnels. Ne pas opposer les uns aux autres,  pour reconstruire ensemble une École capable de répondre aux défis d’aujourd’hui et de redonner confiance dans l’avenir.

pour aller plus loin :