Sommes-nous plus malades en travaillant à l’EN en Bretagne que les autres ? plus paresseuses ou paresseux ? pourquoi nous agents de la fonction publique devrions être les boucs émissaires de la dette ? Tour d'horizon des raisons de se mobiliser le 5 décembre 2024
Les enseignant·es, plus malades que les autres ?
La question des absences dans l’Éducation nationale est souvent réduite à une simple caricature. Faut-il vraiment croire que les fonctionnaires, et plus particulièrement les enseignant·es, sont plus malades que les autres ? Pourtant, les chiffres sont clairs : les enseignant·es ne sont pas plus absent·es que les salarié·es du secteur privé. En moyenne, chaque secteur enregistre environ 11 jours d’absence pour maladie par an. En Bretagne, ce chiffre est même plus bas, autour de 9 jours.
Malgré cela, dans l’Éducation nationale, chaque absence est systématiquement stigmatisée. Le gouvernement semble réduire ce phénomène à des problèmes de paresse ou de fraude, occultant totalement la réalité des conditions de travail des personnels éducatifs.
Des absences liées à des conditions de travail dégradées
Les absences ne sont pas un simple caprice. Elles sont souvent liées à une surcharge de travail, à une pression qui ne cesse de croître, et à la réduction des postes de remplacement. Lorsqu’un·e enseignant·e tombe malade, il·elle est bien souvent irremplaçable, ou du moins difficilement remplaçable. Certaines absences, même prévisibles depuis longtemps, restent non couvertes faute de moyens. Cette situation, couplée à des journées de travail toujours plus longues, engendre une fatigue extrême et des problèmes de santé chez les personnels.
Des mesures inefficaces et injustes
Prenons le jour de carence, par exemple : une mesure qui prétendait limiter les absences, mais qui a surtout montré ses limites. Si elle a bien diminué les absences courtes, les absences longues ont, elles, explosé. Cette mesure incite certains à travailler tout en étant malades, ce qui ne fait qu’aggraver leurs pathologies. Une solution contre-productive, qui punit les plus vulnérables parmi nous.
Et ce n’est pas tout. Cette politique est profondément inéquitable. Elle frappe d’autant plus les femmes, souvent accablées par des journées de travail interminables, et celles et ceux qui exercent dans des conditions particulièrement difficiles, comme les personnels de l’éducation prioritaire ou les remplaçant·es. Lorsqu’une collègue perd 150 à 210€ pour un arrêt maladie, cela a des conséquences réelles sur son quotidien. Ajoutez à cela la baisse du pouvoir d’achat due au gel du point d’indice et à la perte de la GIPA, et vous obtenez une situation financière déjà bien tendue pour ces personnels, sans même que leur employeur ne prenne en charge la médecine du travail ou la complémentaire santé.
La CFDT dit non à cette culpabilisation généralisée !
Les suppressions de postes : un cercle vicieux
Dans le premier degré, le gouvernement prévoit de supprimer plus de 3000 postes, impactant lourdement les petites écoles rurales et les réseaux d’écoles intercommunales (RPI). Ces établissements, déjà fragilisés, peinent à offrir une prise en charge de qualité, notamment pour les élèves en situation de handicap. Le manque de moyens se traduit par des conditions de travail de plus en plus difficiles, et par un malaise grandissant parmi les personnels.
Dans le secondaire, tout comme dans l’enseignement supérieur, les restrictions budgétaires et les suppressions de postes se font sentir de manière dramatique. En Bretagne, par exemple, la baisse démographique et les coupes budgétaires ont conduit à une réduction significative des moyens alloués. Ces économies se font au détriment des conditions de travail des équipes pédagogiques, mettant en péril l’accompagnement des élèves.
Les conséquences directes des suppressions de postes
Dans le secondaire, les suppressions de postes de remplaçant·es compliquent encore davantage la gestion des absences. Lorsqu’un·e enseignant·e tombe malade ou est en congé, son remplacement devient pratiquement impossible. Résultat : les collègues sont contraint·es d’assumer des tâches supplémentaires, souvent via le Pacte, ce qui augmente encore leur charge de travail. Les élèves, eux, se retrouvent sans suivi pédagogique, ce qui nuit à leur réussite scolaire et à leur bien-être.
Dans le premier degré, le manque de remplaçant·es oblige souvent les enseignant·es à accueillir les élèves de leurs collègues malades. Voilà peut-être une explication au faible taux d’absentéisme dans ce secteur… Une situation qui, loin d’être enviable, révèle l’épuisement des personnels face à une organisation de plus en plus chaotique.
Une situation critique dans l’enseignement supérieur
L’enseignement supérieur en Bretagne, traverse une crise financière majeure. D’ici 2025, quatre universités bretonnes pourraient se retrouver en déficit. La hausse de la charge de travail, couplée à la réduction des budgets, l’absence de compensation pour l’augmentation du point d’indice et la hausse des coûts de l’énergie , pèse lourdement sur les personnels. Entrainant des suppressions de postes et le gel des budgets augmentent cette pression.
Les conditions de travail se dégradent chaque jour un peu plus, et l’épuisement professionnel, devenu une réalité courante, explique la multiplication des arrêts maladie.
Des conditions de travail insoutenables
Les restrictions budgétaires et les suppressions de postes ont des conséquences directes et dramatiques sur la santé des personnels. La fatigue, le stress chronique et l’épuisement professionnel sont devenus des réalités quotidiennes. Les personnels voient leur charge de travail augmenter, tandis que les moyens pour accompagner les élèves diminuent inexorablement.
Il est plus que jamais urgent de repenser la politique budgétaire de l’Éducation nationale, en mettant l’humain au cœur de nos priorités. Au lieu de poursuivre cette logique de réduction des effectifs, il est nécessaire d’investir dans la formation, les moyens matériels et la reconnaissance du travail des enseignant·es. L’avenir de l’Éducation nationale ne doit pas être synonyme de régression, mais d’investissement et de soutien afin de garantir une éducation de qualité pour tous.
Plutôt que de diviser les travailleurs en opposant les salarié·es du privé et les fonctionnaires, il est temps de rechercher des solutions de cohésion sociale. Faute de quoi, nous risquons de sombrer dans une logique de fracture sociale, qui profiterait aux extrêmes et ferait perdre à tous les avancées collectives obtenues au fil du temps.
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