L'académie n'ayant pas jugé utile de réunir en urgence la F3SCT avant ou pendant la canicule, nous saisissons l'occasion de cette F3SCT pour revenir sur cet épisode qui a montré l'impréparation de l'institution aux situations de crise. Les personnels ont vécu un véritable test de solitude.
Déclaration liminaire de la CFDT à la F3SCT Académique
La semaine que nous venons de vivre doit marquer un tournant.
Avant même le déclenchement de la vigilance rouge canicule, la CFDT vous avait alertée. Nous vous écrivions que les remontées du terrain faisaient déjà état de températures incompatibles avec des conditions normales de travail et d’apprentissage. Nous demandions des consignes académiques claires, des critères objectifs permettant d’adapter les activités, une anticipation des examens et l’ouverture d’un dialogue avec les représentants des personnels.
La réponse de l’académie a consisté à rappeler les recommandations nationales, des évidences : boire, limiter les activités physiques, privilégier les locaux les moins exposés, adapter localement les organisations, maintenir les examens prévus le matin.
Un test de solitude
L’institution n’a pas assumé son devoir de protection des personnels durant cette semaine de canicule.Le ministère, le rectorat et les DSDEN confondent visiblement l’autonomie laissée aux équipes et l’abandon en rase campagne.
Combien d’IEN ont fait le tour des écoles le lundi 22 ou même simplement passé un appel aux écoles de leurs circonscriptions ? (Certains collègues ont tenté d’appeler leur inspection sans avoir ni réponse ni rappel)
Quelle démarches de soutien des IEN, des DASEN, aux équipes d’écoles confrontées à des mairies qui refusaient fermer des écoles bouilloires thermiques?
Quelques jours plus tard, les fiches du registre santé et sécurité au travail apportent leur verdict.
- Plus de180 établissements ont signalé des situations de chaleur extrême.
Des températures moyennes de près de 36 °C dans les salles. - Des pointes à plus de 50°C dans certains espaces.
- Des élèves victimes de malaises, de vertiges, de nausées.
- Des personnels épuisés.
- Des enseignants contraints d’abandonner leurs salles de classe pour s’installer dans des couloirs, des halls ou sous des préaux afin de trouver quelques degrés de moins.
- Des classes où les apprentissages étaient devenus tout simplement impossibles.
Voilà la réalité.
Les fiches SST démontrent que vos recommandations générales ne répondaient pas à la situation réelle vécue dans les établissements.
- Comment « privilégier les locaux les moins exposés » lorsque tout le bâtiment dépasse les 38 °C ?
- Comment assurer la continuité des apprentissages lorsque les élèves ne parviennent plus à se concentrer, que les personnels présentent eux-mêmes des signes d’épuisement thermique et que l’air devient irrespirable ?
Cette séquence nous rappelle malheureusement une autre crise : celle du Covid.
Là aussi, la priorité était de maintenir les écoles ouvertes coûte que coûte. Les équipes avaient fait preuve d’un engagement remarquable pour rendre possible ce qui ne l’était parfois plus.
L’institution s’était appuyée sur leur professionnalisme pour continuer à fonctionner.
Nous retrouvons aujourd’hui cette même logique.
Face aux épisodes climatiques extrêmes, les personnels déplacent les classes, modifient les emplois du temps, distribuent de l’eau, recherchent les rares espaces supportables, rassurent les élèves, assurent les examens.
Autrement dit, ils compensent les insuffisances de notre institution. Et parce qu’ils y parviennent, mais à quel prix, on considère que le système fonctionne
Le tweet publié vendredi par le ministre est à ce titre révélateur de cette logique délétère
Il remercie les personnels d’avoir permis aux élèves de passer le brevet « dans les meilleures conditions possibles » et affirme que l’institution a été « à la hauteur ».
Nous partageons l’hommage rendu aux personnels. Mais nous refusons cette conclusion.
- Les personnels ont été à la hauteur.
- Les bâtiments ne l’ont pas été.
- Et surtout la politique de prévention de l’Éducation nationale ne l’a pas été.
Les centaines de fiches SST montrent que si l’institution a continué à fonctionner, c’est parce que les agents ont une nouvelle fois absorbé les difficultés, parfois au détriment de leur propre santé.
Le professionnalisme des personnels ne peut pas devenir le cache-misère d’une prévention insuffisante.
Il ne peut pas servir d’indicateur de réussite. L’obligation de l’employeur n’est pas de constater que les équipes ont réussi à tenir. Son obligation est d’éviter qu’elles aient à travailler dans de telles conditions.
Le changement climatique n’est plus une hypothèse.Il est désormais une donnée durable de nos conditions de travail.
Nous demandons donc que cette crise donne enfin lieu à des décisions structurelles :
- un diagnostic thermique de tous les bâtiments scolaires de l’académie ;
- une cartographie des établissements les plus exposés ;
- un plan pluriannuel d’investissements ;
- un véritable protocole académique de gestion des fortes chaleurs intégrant les activités d’enseignement comme les examens ;
- et un suivi régulier des signalements RSST en F3SCT.
Les centaines de fiches déposées cette semaine ne sont pas une accumulation de faits divers. Elles constituent un diagnostic collectif.
Les personnels viennent de nous dire que notre bâti scolaire n’est pas adapté aux réalités climatiques d’aujourd’hui et encore moins de demain.
sur ce sujet comme sur de nombreux autres, il est temps que l’institution les écoute.
Merci de votre écoute
pour aller plus loin :
le compte rendu du CSA ministériel qui porte en partie sur le sujet