La CFDT Éducation Formation Recherche Publiques Bretagne a analysé les 522 fiches du Registre Santé et Sécurité au Travail déposées pour risque thermique durant cette période. Les résultats sont sans appel.
La semaine de canicule qui vient de toucher la Bretagne laissera des traces. Au-delà des températures exceptionnelles, cette crise a mis en lumière une réalité que les personnels vivent depuis plusieurs années : une partie importante de nos écoles et établissements scolaires n’est pas adaptée aux épisodes de fortes chaleurs.
Plus de 180 établissements concernés
Les signalements proviennent d’au moins 181 écoles, collèges et lycées répartis sur l’ensemble des quatre départements bretons.
| Département | Établissements concernés | Température moyenne relevée | Température maximale relevée |
|---|---|---|---|
| Ille-et-Vilaine | 118 | 36,1 °C | 60 °C |
| Finistère | 21 | 35,4 °C | 50 °C |
| Morbihan | 23 | 37,2 °C | 58 °C |
| Côtes-d’Armor | 19 | 34,3 °C | 54 °C |
L’Ille-et-Vilaine concentre à elle seule 405 fiches, très majoritairement issues du premier degré. Mais les difficultés sont présentes dans tous les départements et concernent également collèges et lycées.
 la moyenne des relevés avoisine 36 °C, avec de très nombreux témoignages faisant état de salles dépassant les 40 °C.
Des bâtiments devenus inadaptés
- Les remontées des personnels dessinent un constat extrêmement homogène.
- Des salles de classe surchauffées, parfois situées sous toiture ou derrière de grandes baies vitrées.
- Des écoles dépourvues de volets, de stores ou de protections solaires.
- Une ventilation inexistante ou inefficace.
- Des bâtiments qui ne refroidissent plus la nuit.
Dans plusieurs établissements, les équipes expliquent avoir dû déplacer les classes dans les couloirs, les halls ou sous les préaux afin de poursuivre tant bien que mal les enseignements.
Au-delà des chiffres, c’est bien le bâti scolaire qui apparaît aujourd’hui inadapté aux nouvelles réalités climatiques.
Des apprentissages rendus impossibles
Les fiches RSST ne décrivent pas seulement une situation d’inconfort. Elles font état de personnels et d’élèves confrontés à des conditions susceptibles d’altérer leur santé : malaises, maux de tête, vertiges, nausées, fatigue importante, perte de concentration.
Dans de nombreuses situations, les personnels expliquent que les apprentissages ne pouvaient plus être assurés normalement. L’enjeu n’était plus seulement d’adapter les activités physiques ou d’ouvrir les fenêtres. Il devenait tout simplement impossible d’enseigner dans certaines salles. L’injonction a assurer la continuité pédagogique dans ces conditions relève d’une forme de maltraitance institutionnelle.
Le premier degré particulièrement touché
L’analyse montre une très forte représentation des écoles. Les bâtiments anciens, souvent peu isolés et dépourvus de protections solaires, apparaissent particulièrement vulnérables.
Les collectivités territoriales, propriétaires des bâtiments scolaires, sont évidemment concernées, mais l’État, employeur des personnels, ne peut ignorer les conséquences de cette situation sur les conditions de travail.
Les limites des réponses d’urgence
- Hydrater les élèves.
- Fermer les volets lorsqu’ils existent.
- Ouvrir les fenêtres aux heures les plus fraîches.
- Déplacer les classes.
Toutes ces mesures ont été mises en œuvre par les équipes.
Mais les fiches RSST montrent aussi leurs limites lorsque les températures atteignent ou dépassent 38 à 40 °C dans l’ensemble d’un bâtiment.
- On ne refroidit pas une école avec quelques bouteilles d’eau.
- On ne crée pas de l’ombre lorsqu’aucun équipement n’a été prévu.
- On ne peut pas « choisir une salle plus fraîche » lorsqu’elles sont toutes devenues des fours.
Les personnels ont fait preuve d’une remarquable capacité d’adaptation une fois encore mais Ils ne peuvent pas, à eux seuls, compenser les insuffisances de l’institution.
Une situation qui rappelle la crise sanitaire
Cette séquence rappelle, à bien des égards, la gestion de la crise Covid. À l’époque déjà , la priorité était de maintenir les établissements ouverts aussi longtemps que possible.
Aujourd’hui encore, les équipes ont trouvé des solutions, déplacé des classes, réorganisé les journées, assuré les examens, rassuré les élèves. Comme pendant la crise sanitaire, c’est leur professionnalisme qui a permis au système de continuer à fonctionner.
Mais il ne faudrait pas en conclure que tout s’est bien passé. Les personnels ont tenu, mais à quel prix ! Les bâtiments, eux, ont montré leurs limites. Tout comme le plan ministériel !
Changer d’échelle face à la crise climatique
Les 522 fiches RSST analysées ne constituent pas une succession de situations isolées.
Elles dressent un véritable état des lieux de l’adaptation – ou plutôt de la non-adaptation – des établissements scolaires bretons aux épisodes climatiques extrêmes.
Le changement climatique n’est plus une hypothèse. Il modifie déjà les conditions d’exercice de nos métiers.
Pour la CFDT Éducation Formation Recherche Publique Bretagne, cette crise doit conduire à des décisions structurelles :
- un diagnostic thermique de l’ensemble des bâtiments scolaires de l’académie ;
- une cartographie des établissements les plus exposés ;
- un plan pluriannuel d’investissements portant sur l’isolation, la ventilation, les protections solaires et la végétalisation ;
- un protocole académique de gestion des fortes chaleurs avec des critères d’adaptation partagés ;
- l’intégration du risque « fortes chaleurs » dans les DUERP et les politiques de prévention.
Les registres Santé et Sécurité au Travail ont joué pleinement leur rôle : ils ont permis aux personnels de témoigner de la réalité vécue sur le terrain.
Il appartient désormais à l’Education Nationale et aux collectivités de transformer ces alertes en décisions.
La canicule de cette fin juin n’est pas un épisode exceptionnel qu’il suffirait d’oublier. Elle constitue un avertissement. il faut désormais penser nos écoles et établissements pour le climat d’aujourd’hui, et non pour celui d’hier.