Après l’épisode de fortes chaleurs de juin 2026, la CFDT a rencontré des élus de la Ville de Rennes pour faire le bilan de la situation et interroger les mesures envisagées pour les prochaines canicules. Un enjeu majeur : sortir de la gestion dans l’urgence et garantir la sécurité de toutes et tous.
Une gestion de crise qui a mis en évidence les difficultés de coordination
Lors de cette rencontre, Laurence Duffaut et Gaëlle Rougier, accompagnées du directeur des ressources humaines et de Nicolas Gauvin, du pôle Enfance-Jeunesse, présentaient le point de vue de la Ville sur la gestion de la canicule. Pour la CFDT la section Ville de Rennes du syndicat Interco 35 et la CFDT éducation formation recherche Publiques Bretagne.
La municipalité estime que l’Éducation nationale a insuffisamment accompagné dans les décisions relatives au maintien ou à la fermeture des écoles. Elle évoque une forte pression des familles et des personnels enseignants, ainsi que des difficultés à obtenir des réponses de la hiérarchie académique au moment où il fallait décider.
Pour la Ville, l’école reste un lieu où les enfants peuvent être encadrés par des professionnels, plutôt que de rester seuls à leur domicile. Cette volonté de maintenir un accueil aussi longtemps que possible a pesé dans les décisions prises.
Les échanges ont parfois été tendus, notamment lorsque l’engagement des enseignants est mis en cause. La CFDT rappelle que les difficultés rencontrées par les agents municipaux ne devaient pas conduire à opposer les personnels. Le mécontentement exprimé concernait notamment la nécessité d’accueillir des enfants dans des écoles dont les conditions de chaleur avaient conduit à la fermeture des classes.
Enseignants et agents municipaux ont été confrontés à une même difficulté : assurer leurs missions dans des conditions parfois inadaptées. Ils ne doivent pas devenir les variables d’ajustement d’une coordination insuffisante entre les institutions.
Rennes particulièrement concernée par les remontées des personnels
La CFDT a rappelé l’ampleur des difficultés signalées pendant cet épisode de canicule. À l’échelle de l’académie, 562 fiches SST relatives aux risques liés à la chaleur sont recensées. Environ 40 % de ces fiches concernaient Rennes.
Ces signalements mettent en évidence les conséquences des fortes températures sur les conditions de travail, mais aussi les limites de nombreux bâtiments scolaires face aux épisodes de chaleur.
Cette concentration des signalements à Rennes pose plusieurs questions : quels établissements sont les plus vulnérables ? Quels facteurs liés aux locaux et à leur équipement expliquent les difficultés rencontrées ? Comment l’organisation du travail et les rythmes scolaires sont-ils pris en compte ?
Pour la CFDT, ces remontées ne peuvent pas rester de simples constats. Elles doivent permettre d’identifier les établissements prioritaires et de programmer des mesures de prévention adaptées. Elles doivent aussi conduire à un véritable travail sur les conditions de travail à Rennes. Il reste une question autour des rythmes scolaires, elle doit faire l’objet de consultations dans les mois à venir.
Des mesures annoncées par la Ville, qui demandent un suivi
La Ville a présenté plusieurs pistes pour mieux préparer les prochaines périodes de canicule.
Un protocole est en cours d’élaboration avec les inspecteurs de l’Éducation nationale (IEN). Il doit contribuer à clarifier l’organisation et les décisions à prendre lors des épisodes de fortes chaleurs.
La municipalité souhaite également pouvoir adapter les horaires, en commençant plus tôt le matin et en terminant plus tôt, afin de profiter des températures plus fraîches.
Sur le plan matériel, la Ville indique avoir engagé un plan d’équipement des écoles en climatiseurs. Des travaux sont également à prévoir pour réduire la chaleur dans les locaux. Il faut par ailleurs recenser des lieux rafraîchis pour identifier des solutions de repli.
La Ville souhaite maintenir la continuité pédagogique aussi longtemps que les conditions le permettent, tout en reconnaissant qu’il faut pouvoir y renoncer lorsque la sécurité n’est plus assurée. Elle estime enfin que la gestion de ces situations doit être une responsabilité partagée entre la Ville et l’Éducation nationale, afin que les situations des personnels relevant des deux employeurs soient équitables.
Ces orientations devront désormais se traduire par des mesures précises, un calendrier et des responsabilités clairement définies.
La continuité du service public ne peut se faire au détriment de la sécurité
Pour la CFDT, le maintien de l’accueil des enfants ne peut pas constituer un objectif absolu. En tout cas pas indépendamment des conditions réelles dans lesquelles il se déroule.
La continuité du service public est essentielle, mais elle suppose que les personnels disposent de conditions de travail compatibles avec leur santé et leur sécurité. Lorsque les températures rendent les locaux inadaptés, la réponse ne peut pas reposer uniquement sur la capacité des équipes à s’adapter.
Il faut donc définir en amont des critères objectifs permettant de décider quand adapter les horaires, déplacer les activités, limiter l’utilisation de certains locaux ou suspendre l’accueil lorsque les conditions de sécurité ne sont plus réunies.
Il est nécessaire de préparer ces décisions collectivement, et non dans l’urgence, au moment où les températures deviennent insupportables.
Nos attentes pour les prochaines canicules
La rencontre a confirmé la nécessité d’améliorer la coordination entre la Ville de Rennes et l’Éducation nationale. Plusieurs chantiers doivent maintenant avancer :
- Un protocole commun et opérationnel, précisant les responsabilités, les circuits de décision et les modalités d’information des personnels et des familles.
- Des critères de sécurité explicites, prenant en compte les températures dans les locaux, les conditions de travail et les risques pour les enfants comme pour les adultes.
- Un plan de prévention et d’équipement, fondé sur l’identification des écoles les plus vulnérables et assorti d’un calendrier de réalisation.
- Une adaptation anticipée de l’organisation, notamment des horaires et des activités, lorsque les conditions climatiques l’exigent.
- Une protection équitable de tous les personnels, qu’ils relèvent de la Ville ou de l’Éducation nationale.
Il faut intégrer les fiches SST et les retours des équipes à ce travail. Ils constituent un outil essentiel pour objectiver les difficultés, suivre les mesures prises et éviter que les mêmes situations se reproduisent.
Ne pas attendre la prochaine canicule pour agir
La canicule de juin 2026 montre la vulnérabilité de certains établissements et les difficultés d’une organisation insuffisamment anticipée. Les annonces de la Ville constituent des pistes de travail, mais des décisions concrètes devrons suivre ainsi que des engagements vérifiables.
Pour la CFDT, l’objectif n’est pas de choisir entre l’accueil des enfants et la protection des personnels. Il faut construire les conditions d’un accueil sûr, et de savoir quelles décisions prendre lorsque ces conditions ne sont plus réunies.
La prochaine canicule ne doit pas nous retrouver dans la même situation. Anticiper, prévenir et protéger : c’est dès maintenant que cela se prépare.
Pour mémoire :
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